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Angèle — trois albums pour sortir du brol
De Linkebeek aux Victoires de la musique, d'une reprise sur Instagram à un virage électro : l'histoire d'une des voix les plus écoutées de la pop francophone
Angèle Van Laeken est née le *3 décembre 1995 à Uccle, en Belgique, dans une famille où la musique est un métier : son père est le chanteur Marka, sa mère la comédienne Laurence Bibot, et son frère est devenu le rappeur Roméo Elvis. Elle grandit à Linkebeek*, apprend le piano avec son père, passe par l'école Decroly puis une école de jazz, et fait ses premiers concerts dans les cafés de Bruxelles. Le piano, c'est son père qui le lui a mis entre les mains, et cela s'entend dans son écriture : des accords simples, des mélodies qui tournent, et une manière de chanter qui reste toujours au bord de la parole.
Trois albums racontent sa trajectoire : *Brol en 2018, l'irruption ; Nonante-Cinq en 2021, la confirmation ; Instinct* en 2026, le virage électro. Entre les trois, une tournée de deux ans, un documentaire Netflix, des Victoires et une cérémonie olympique — et une voix reconnaissable entre mille. Une voix douce, haute, un peu fragile, qui peut porter une colère, une déclaration d'amour ou une confidence sans jamais changer de nature — c'est elle qui fait tenir l'ensemble.
Tout commence par une reprise. En 2016, Angèle publie sur Instagram des vidéos où elle chante et fait l'humour ; en 2017, elle assure les premières parties d'*Ibeyi et de Damso. Fin 2017 sort son premier single, et il cumule des millions de vues en quelques semaines : c'est La Loi de Murphy*. Le titre est une entrée en matière idéale : un piano, une voix haute, un texte sur la malchance et les lois invisibles qui régissent les journées, et déjà cette façon de transformer une contrariété en refrain.
Le morceau installe sa méthode : des chansons sur des choses très concrètes — l'argent, les réseaux, les relations — avec une légèreté qui cache une vraie gravité. Les clips sont de la photographe *Charlotte Abramow, et cette complicité visuelle explique une partie de son image. En novembre 2018, elle confie à Télérama* que certains supportent mal qu'elle écrive, compose et produise elle-même. Cette autonomie deviendra un argument de vente autant qu'un sujet de crispation : dans la pop francophone, peu d'artistes de sa génération sont aussi complètes, et peu sont autant soupçonnées de ne pas l'être.
En janvier 2018 sort Je veux tes yeux, et sa première apparition télévisée en France a lieu le *5 février, dans Alcaline sur France 2. Elle arrive donc par la télévision publique, pas par un concours de chant. Brol sort le 5 octobre 2018 chez Initial — un mot belge pour dire « bazar » — et se vend à plus de 500 000 exemplaires* en onze mois. Le succès est si rapide que les certifications s'empilent : platine deux mois après la sortie, diamant en septembre 2019, et une place de numéro un des ventes d'albums en France pour l'année 2019.
L'album est platine deux mois après sa sortie, diamant en septembre 2019, et devient le plus vendu en France en 2019. Le *Brol Tour dure près de deux ans, passe par la Belgique, la France, la Suisse, les États-Unis et le Canada, et remplit le Centre Bell* de Montréal le 13 décembre 2019 — une échelle rare pour un premier disque en français. Les concerts deviennent un spectacle, avec chorégraphies et lumières, et le public s'élargit bien au-delà des amateurs de chanson : c'est là qu'Angèle devient une artiste de salles immenses.
La Thune est le versant dansant de Brol : une basse qui pousse, un refrain qui reste, un texte sur l'argent et la notoriété. Écoutez le groove : c'est une chanson de dance-floor déguisée en chronique sociale, et Angèle y règle ses comptes avec une industrie qui l'a vue arriver avec un sourire et des vidéos. La basse et le refrain font le reste : le morceau est radiophonique sans être sage, et il vieillit mieux que beaucoup de tubes de la même année.
C'est le morceau qui montre que son écriture ne fait pas semblant : sous la légèreté, il y a une colère très précise. Angèle n'attaque pas les gens, elle attaque le système qui transforme une chanson en marchandise — et elle le fait sur une mélodie qu'on retient sans y penser.
Tout oublier, en duo avec son frère *Roméo Elvis*, est le tube de l'album. Deux voix très différentes, une production lumineuse, et un clip où ils jouent leur propre rôle : le morceau est une affaire de famille, ce qui ne se fabrique pas. Il remporte la chanson française de l'année aux NRJ Music Awards 2019. Le clip, tourné comme une comédie de famille, y est pour beaucoup : on y voit deux enfants de Linkebeek qui jouent leur propre rôle, et c'est cette sincérité qui a fait passer la chanson au-delà du public habituel.
Un an sépare la sortie du disque et la récompense, et cela dit la longueur de l'exploitation. C'est aussi une chanson sur l'envie de ne pas penser, ce qui est un thème très 2018 — et une des raisons pour lesquelles elle a été reprise partout, y compris par des gens qui n'écoutaient pas de pop francophone. C'est aussi la première fois qu'on l'entend chanter avec quelqu'un d'autre, et cela ouvre une piste qu'elle suivra : les duos deviendront une habitude, de Damso à Caroline Polachek.
Balance ton quoi paraît en avril 2019, avec un clip de *Charlotte Abramow*, et reprend le mot-dièse du mouvement #BalanceTonPorc. La mélodie est sucrée, le propos ne l'est pas : c'est ce contraste qui transforme Angèle en figure publique, et qui fait d'elle une des rares artistes pop francophones lues politiquement. Le clip, avec sa chorale d'hommes en costume qui reprennent le refrain, a beaucoup circulé, et il a installé l'idée qu'Angèle pouvait être drôle et sérieuse dans le même geste.
The Guardian, notamment, l'analyse comme une féministe — une lecture que la France a souvent négligée au profit de ses refrains. La même période la voit ailleurs : doublage de *Gabby Gabby dans Toy Story 4, duo Fever avec Dua Lipa* en 2020, documentaire Netflix en novembre 2021. Angèle ne se contente pas d'être chanteuse, elle construit une présence. C'est une stratégie assumée, et elle explique une partie des critiques qui viendront : plus elle occupe l'espace, plus on attend d'elle qu'elle justifie la place.
*Nonante-Cinq arrive autrement : annoncé pour le 10 décembre 2021, il sort par surprise le 3 décembre à minuit*, le jour de ses vingt-six ans, deux heures après une annonce sur Instagram. Pas de campagne, pas de singles empilés : le disque existe d'un coup, et c'est le public qui fait le travail de relais à sa place. La stratégie fonctionne : l'album est partout en quelques heures, et le geste est raconté comme une audace, alors qu'il est surtout une manière de reprendre la main sur le calendrier.
Bruxelles je t'aime ouvre ce disque par une déclaration à sa ville, avec des cuivres et une mélodie qui monte. Angèle n'en fait pas une carte postale : elle parle d'une famille compliquée, de langues mélangées et de ciel bas. Le titre de l'album, *Nonante-Cinq*, est le 95 belge, et c'est aussi son année de naissance. Devenu un hymne, le morceau est repris partout, y compris dans des contextes politiques — ce qui n'était pas le but.
C'est un des rares morceaux où elle chante son accent sans le corriger, et cela a compté : longtemps présenté comme un handicap, l'accent belge est devenu une signature. Le titre est devenu un hymne au point d'être repris dans des contextes très différents, y compris politiques, ce qui n'était sans doute pas le but.
Démons, en duo avec *Damso, prolonge une collaboration entamée en 2018 sur Silence, quand le rappeur l'avait invitée sur Lithopédion*. Les deux univers ne se ressemblent pas — rap sombre contre pop solaire — et c'est justement ce qui rend le morceau étrange et réussi. Le clip sort le 3 décembre, le jour de l'album.
Il faut écouter la façon dont les deux voix se répondent : Damso reste dans le grave, Angèle monte, et le morceau avance comme une conversation qui tourne mal. C'est une des rares collaborations de l'album qui ne sert pas à faire du bruit médiatique, mais à écrire une vraie chanson. Sur scène, le morceau est un des sommets du set : les deux voix se croisent, la basse avance, et le public reprend le refrain sans que l'on sache très bien lequel des deux il accompagne.
Libre est la respiration du disque : moins de trois minutes, une production épurée, une voix presque nue, et un texte qui ne cherche pas la formule. Après les cuivres de Bruxelles je t'aime et la noirceur de Démons, ce dépouillement donne à l'album l'air dont il avait besoin. C'est une chanson qui ne cherche pas à convaincre, et c'est peut-être pour cela qu'elle est devenue une des préférées des fans : elle donne l'impression d'entrer dans une pièce où quelqu'un est en train de réfléchir.
C'est aussi la preuve qu'Angèle sait chanter sans rien autour : pas d'arrangement, pas d'effet, juste une voix et un accompagnement minimal. Sur un album très produit, ce genre de morceau sert de repère — il rappelle d'où vient la chanteuse, et ce qu'elle sait faire quand on lui enlève ses habits de scène.
En 2022 sort *Nonante-Cinq La Suite, avec notamment Évidemment en duo avec Orelsan. Angèle remporte le NRJ Music Award de l'artiste féminine francophone, puis deux Victoires en 2023. La même période, elle est avec Stromae et Lost Frequencies* l'une des artistes les plus diffusées sur les radios belges francophones : environ un quart du temps d'antenne. C'est un chiffre qui dit la place qu'elle occupe alors dans le paysage, et qui explique aussi une partie des critiques : quand on entend quelqu'un partout, on finit par l'écouter autrement.
Puis vient une pause. Angèle compose seule chez elle, à Bruxelles, les premières ébauches de ce qui sera son troisième album, puis travaille avec *Tristan Salvati, le réalisateur de tous ses disques, entre Bruxelles, New York et Saint-Rémy-de-Provence*. Le processus prend près de trois ans, et l'on sent à l'écoute que le disque a été construit par sédimentation. Angèle décrit un album « assez frontal », avec des basses plus dures, des voix plus traitées et une forme de répétition qui doit autant à la techno qu'à la chanson : un disque à ressentir avant de le comprendre.
What You Want paraît le 27 février 2026, avec *Justice et un clip dirigé par (La)Horde*. Basses saturées, voix traitées, influences French touch : c'est le virage annoncé, et il est net. Angèle ne renie pas son passé, elle le branche autrement — son père et sa mère touchaient déjà à l'électro.
Le morceau est aussi une déclaration d'intention : la voix y est traitée comme un instrument, avec des filtres et des doublages qui l'éloignent de la chanson à voix nue. Pour une artiste dont la signature était justement la voix, c'est un pari — et c'est ce pari qui donne au disque sa tension.
Le 22 août 2026, une légende codée sur Instagram révèle la date du *16 octobre ; le 28 août sort Une seule vie, avec une pochette signée Grant James Thomas, inspirée de la Main à la sphère réfléchissante de M.C. Escher. Une main qui tend un miroir : regardez-moi comme je suis, pas comme vous m'avez fabriquée. Après deux disques où elle a été tour à tour « la fille de Brol » et « la voix de Nonante-Cinq* », le geste a une signification claire, et il annonce un album qui veut brouiller son image.
Dis-le est le morceau qui a fait débat : son clip renvoie aux *free parties*, et une partie de la scène rave a reproché à Angèle de s'approprier cette culture. Elle a reconnu la légitimité du débat, en défendant l'idée que ces rassemblements sont un espace de liberté et d'expression pour la jeunesse. La polémique a un peu masqué la chanson, ce qui est dommage : le texte est plus intéressant que le débat qu'il a provoqué, et il s'en prend aux silences collectifs, à ce qu'on préfère ne pas dire.
C'est un des titres les plus directs du disque, et le texte ne prend pas de détour : il s'en prend aux silences collectifs, à ce qu'on préfère ne pas dire. La polémique a un peu masqué la chanson, ce qui est dommage — elle est plus intéressante que le débat qu'elle a provoqué.
Une seule vie est le single qui a accompagné l'annonce : un tempo qui avance, un refrain qui monte, un texte sur le temps qui passe. La production est plus dense que sur Brol, mais la mélodie reste au premier plan — et c'est là qu'Angèle est la plus forte. Un pied dans la chanson, un pied dans le club : c'est le morceau qui a rassuré le public inquiet du virage.
Le morceau résume assez bien le disque : un pied dans la chanson, un pied dans le club, et une voix qui tient les deux ensemble. C'est aussi celui qui a rassuré une partie du public inquiet du virage — la mélodie est toujours là, et elle porte.
*Instinct sort le 16 octobre 2026 chez Sony Music : treize titres, produits par Tristan Salvati, avec Caroline Polachek et SebastiAn, Soulwax, Oscar Scheller et Oscar Holter, l'un des auteurs de Blinding Lights*. Angèle quitte Initial, le label de ses débuts, et change donc d'échelle en même temps que de son.
Love Triangle, en trio avec *Caroline Polachek et SebastiAn*, est un des morceaux les plus travaillés du disque : des voix qui se croisent, une production dense, un refrain presque disco. Angèle n'a pas seulement changé de sonorité, elle a changé de rapport à la danse.
La présence de Polachek n'est pas un hasard : c'est une artiste qui travaille la voix comme une matière, et l'album d'Angèle revendique exactement cela. Sur ce morceau, les deux voix se confondent parfois au point qu'on ne sait plus qui chante — ce qui est une façon élégante de parler d'un triangle amoureux.
Je sais est l'hommage à son père, *Marka* : une adresse, des phrases courtes, une production qui laisse de la place. C'est le morceau que la critique a le plus unanimement retenu, y compris chez ceux qui n'ont pas aimé le virage électro — parce que l'écriture y reprend le dessus sur le son.
C'est aussi le plus difficile à écouter : pas de pathos, pas de grande déclaration, juste quelqu'un qui parle à son père au présent. Dans un album qui veut faire danser, ce moment suspendu rappelle que la chanson reste, chez Angèle, une affaire d'adresse — et c'est sans doute ce qui lui survivra.
La réception d'Instinct est contrastée. *Les Inrockuptibles estime que le disque renoue avec les qualités de Brol, en élargissant le registre de la chanteuse aux sonorités électroniques sans abandonner les textes personnels. Le Monde* décrit un album plus noir et plus tendu, tourné vers la French touch, où elle conserve « l'art du refrain efficace ».
À l'inverse, *Libération trouve l'ensemble « laborieux », trop calibré pour le streaming, et reproche à la métamorphose de paraître forcée. Aujourd'hui en France salue par endroits la production mais regrette que l'écriture mélodique passe au second plan, et retient surtout Je sais*, la chanson consacrée à son père.
Angèle assume : elle veut « laisser parler [ses] tripes », passe d'une langue à l'autre et revendique la French touch. Une tournée démarre en *mars 2027, mise en scène par (La)Horde*, avec la Reims Arena puis cinq dates à l'Accor Arena de Paris. Trois albums, trois sons, et un même geste : préférer se tromper en changeant plutôt que réussir en se répétant.
Les morceaux
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title: Angèle — trois albums pour sortir du brol
subtitle: De Linkebeek aux Victoires de la musique, d'une reprise sur Instagram à un virage électro : l'histoire d'une des voix les plus écoutées de la pop francophone
summary: Angèle Van Laeken, née à Uccle en 1995, a changé la pop francophone en trois disques : Brol, Nonante-Cinq et Instinct. Voici l'histoire, album par album, avec les chansons qui l'ont faite.
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- artist: Angèle
tags: [pop, belgique, 2018, 2021, 2026, chanson-française]
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Angèle Van Laeken est née le **3 décembre 1995** à Uccle, en Belgique, dans une famille où la musique est un métier : son père est le chanteur **Marka**, sa mère la comédienne **Laurence Bibot**, et son frère est devenu le rappeur **Roméo Elvis**. Elle grandit à **Linkebeek**, apprend le piano avec son père, passe par l'école Decroly puis une école de jazz, et fait ses premiers concerts dans les cafés de Bruxelles. Le piano, c'est son père qui le lui a mis entre les mains, et cela s'entend dans son écriture : des accords simples, des mélodies qui tournent, et une manière de chanter qui reste toujours au bord de la parole.
Trois albums racontent sa trajectoire : **Brol** en 2018, l'irruption ; **Nonante-Cinq** en 2021, la confirmation ; **Instinct** en 2026, le virage électro. Entre les trois, une tournée de deux ans, un documentaire Netflix, des Victoires et une cérémonie olympique — et une voix reconnaissable entre mille. Une voix douce, haute, un peu fragile, qui peut porter une colère, une déclaration d'amour ou une confidence sans jamais changer de nature — c'est elle qui fait tenir l'ensemble.
Tout commence par une reprise. En 2016, Angèle publie sur Instagram des vidéos où elle chante et fait l'humour ; en 2017, elle assure les premières parties d'**Ibeyi** et de **Damso**. Fin 2017 sort son premier single, et il cumule des millions de vues en quelques semaines : c'est *La Loi de Murphy*. Le titre est une entrée en matière idéale : un piano, une voix haute, un texte sur la malchance et les lois invisibles qui régissent les journées, et déjà cette façon de transformer une contrariété en refrain.
{{insert:track title="La Loi de Murphy" artist="Angèle" album="Brol" year=2018 tidal=95843621 duration=195 excerpt=110 from=20 yt=zGyThu7EAHQ}}
Le morceau installe sa méthode : des chansons sur des choses très concrètes — l'argent, les réseaux, les relations — avec une légèreté qui cache une vraie gravité. Les clips sont de la photographe **Charlotte Abramow**, et cette complicité visuelle explique une partie de son image. En novembre 2018, elle confie à *Télérama* que certains supportent mal qu'elle écrive, compose et produise elle-même. Cette autonomie deviendra un argument de vente autant qu'un sujet de crispation : dans la pop francophone, peu d'artistes de sa génération sont aussi complètes, et peu sont autant soupçonnées de ne pas l'être.
En janvier 2018 sort *Je veux tes yeux*, et sa première apparition télévisée en France a lieu le **5 février**, dans *Alcaline* sur France 2. Elle arrive donc par la télévision publique, pas par un concours de chant. **Brol** sort le **5 octobre 2018** chez Initial — un mot belge pour dire « bazar » — et se vend à plus de **500 000 exemplaires** en onze mois. Le succès est si rapide que les certifications s'empilent : platine deux mois après la sortie, diamant en septembre 2019, et une place de numéro un des ventes d'albums en France pour l'année 2019.
L'album est platine deux mois après sa sortie, diamant en septembre 2019, et devient le plus vendu en France en 2019. Le **Brol Tour** dure près de deux ans, passe par la Belgique, la France, la Suisse, les États-Unis et le Canada, et remplit le **Centre Bell** de Montréal le 13 décembre 2019 — une échelle rare pour un premier disque en français. Les concerts deviennent un spectacle, avec chorégraphies et lumières, et le public s'élargit bien au-delà des amateurs de chanson : c'est là qu'Angèle devient une artiste de salles immenses.
*La Thune* est le versant dansant de *Brol* : une basse qui pousse, un refrain qui reste, un texte sur l'argent et la notoriété. Écoutez le groove : c'est une chanson de dance-floor déguisée en chronique sociale, et Angèle y règle ses comptes avec une industrie qui l'a vue arriver avec un sourire et des vidéos. La basse et le refrain font le reste : le morceau est radiophonique sans être sage, et il vieillit mieux que beaucoup de tubes de la même année.
{{insert:track title="La Thune" artist="Angèle" album="Brol" year=2018 tidal=95843617 duration=202 excerpt=110 from=15 yt=m3YX8zlR4BU}}
C'est le morceau qui montre que son écriture ne fait pas semblant : sous la légèreté, il y a une colère très précise. Angèle n'attaque pas les gens, elle attaque le système qui transforme une chanson en marchandise — et elle le fait sur une mélodie qu'on retient sans y penser.
*Tout oublier*, en duo avec son frère **Roméo Elvis**, est le tube de l'album. Deux voix très différentes, une production lumineuse, et un clip où ils jouent leur propre rôle : le morceau est une affaire de famille, ce qui ne se fabrique pas. Il remporte la chanson française de l'année aux NRJ Music Awards 2019. Le clip, tourné comme une comédie de famille, y est pour beaucoup : on y voit deux enfants de Linkebeek qui jouent leur propre rôle, et c'est cette sincérité qui a fait passer la chanson au-delà du public habituel.
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Un an sépare la sortie du disque et la récompense, et cela dit la longueur de l'exploitation. C'est aussi une chanson sur l'envie de ne pas penser, ce qui est un thème très 2018 — et une des raisons pour lesquelles elle a été reprise partout, y compris par des gens qui n'écoutaient pas de pop francophone. C'est aussi la première fois qu'on l'entend chanter avec quelqu'un d'autre, et cela ouvre une piste qu'elle suivra : les duos deviendront une habitude, de Damso à Caroline Polachek.
*Balance ton quoi* paraît en avril 2019, avec un clip de **Charlotte Abramow**, et reprend le mot-dièse du mouvement #BalanceTonPorc. La mélodie est sucrée, le propos ne l'est pas : c'est ce contraste qui transforme Angèle en figure publique, et qui fait d'elle une des rares artistes pop francophones lues politiquement. Le clip, avec sa chorale d'hommes en costume qui reprennent le refrain, a beaucoup circulé, et il a installé l'idée qu'Angèle pouvait être drôle et sérieuse dans le même geste.
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*The Guardian*, notamment, l'analyse comme une féministe — une lecture que la France a souvent négligée au profit de ses refrains. La même période la voit ailleurs : doublage de **Gabby Gabby** dans *Toy Story 4*, duo *Fever* avec **Dua Lipa** en 2020, documentaire Netflix en novembre 2021. Angèle ne se contente pas d'être chanteuse, elle construit une présence. C'est une stratégie assumée, et elle explique une partie des critiques qui viendront : plus elle occupe l'espace, plus on attend d'elle qu'elle justifie la place.
**Nonante-Cinq** arrive autrement : annoncé pour le 10 décembre 2021, il sort **par surprise** le **3 décembre à minuit**, le jour de ses vingt-six ans, deux heures après une annonce sur Instagram. Pas de campagne, pas de singles empilés : le disque existe d'un coup, et c'est le public qui fait le travail de relais à sa place. La stratégie fonctionne : l'album est partout en quelques heures, et le geste est raconté comme une audace, alors qu'il est surtout une manière de reprendre la main sur le calendrier.
*Bruxelles je t'aime* ouvre ce disque par une déclaration à sa ville, avec des cuivres et une mélodie qui monte. Angèle n'en fait pas une carte postale : elle parle d'une famille compliquée, de langues mélangées et de ciel bas. Le titre de l'album, **Nonante-Cinq**, est le 95 belge, et c'est aussi son année de naissance. Devenu un hymne, le morceau est repris partout, y compris dans des contextes politiques — ce qui n'était pas le but.
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C'est un des rares morceaux où elle chante son accent sans le corriger, et cela a compté : longtemps présenté comme un handicap, l'accent belge est devenu une signature. Le titre est devenu un hymne au point d'être repris dans des contextes très différents, y compris politiques, ce qui n'était sans doute pas le but.
*Démons*, en duo avec **Damso**, prolonge une collaboration entamée en 2018 sur *Silence*, quand le rappeur l'avait invitée sur *Lithopédion*. Les deux univers ne se ressemblent pas — rap sombre contre pop solaire — et c'est justement ce qui rend le morceau étrange et réussi. Le clip sort le 3 décembre, le jour de l'album.
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Il faut écouter la façon dont les deux voix se répondent : Damso reste dans le grave, Angèle monte, et le morceau avance comme une conversation qui tourne mal. C'est une des rares collaborations de l'album qui ne sert pas à faire du bruit médiatique, mais à écrire une vraie chanson. Sur scène, le morceau est un des sommets du set : les deux voix se croisent, la basse avance, et le public reprend le refrain sans que l'on sache très bien lequel des deux il accompagne.
*Libre* est la respiration du disque : moins de trois minutes, une production épurée, une voix presque nue, et un texte qui ne cherche pas la formule. Après les cuivres de *Bruxelles je t'aime* et la noirceur de *Démons*, ce dépouillement donne à l'album l'air dont il avait besoin. C'est une chanson qui ne cherche pas à convaincre, et c'est peut-être pour cela qu'elle est devenue une des préférées des fans : elle donne l'impression d'entrer dans une pièce où quelqu'un est en train de réfléchir.
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C'est aussi la preuve qu'Angèle sait chanter sans rien autour : pas d'arrangement, pas d'effet, juste une voix et un accompagnement minimal. Sur un album très produit, ce genre de morceau sert de repère — il rappelle d'où vient la chanteuse, et ce qu'elle sait faire quand on lui enlève ses habits de scène.
En 2022 sort **Nonante-Cinq La Suite**, avec notamment *Évidemment* en duo avec **Orelsan**. Angèle remporte le NRJ Music Award de l'artiste féminine francophone, puis deux Victoires en 2023. La même période, elle est avec **Stromae** et **Lost Frequencies** l'une des artistes les plus diffusées sur les radios belges francophones : environ un quart du temps d'antenne. C'est un chiffre qui dit la place qu'elle occupe alors dans le paysage, et qui explique aussi une partie des critiques : quand on entend quelqu'un partout, on finit par l'écouter autrement.
Puis vient une pause. Angèle compose seule chez elle, à Bruxelles, les premières ébauches de ce qui sera son troisième album, puis travaille avec **Tristan Salvati**, le réalisateur de tous ses disques, entre Bruxelles, **New York** et **Saint-Rémy-de-Provence**. Le processus prend près de trois ans, et l'on sent à l'écoute que le disque a été construit par sédimentation. Angèle décrit un album « assez frontal », avec des basses plus dures, des voix plus traitées et une forme de répétition qui doit autant à la techno qu'à la chanson : un disque à ressentir avant de le comprendre.
*What You Want* paraît le 27 février 2026, avec **Justice** et un clip dirigé par **(La)Horde**. Basses saturées, voix traitées, influences French touch : c'est le virage annoncé, et il est net. Angèle ne renie pas son passé, elle le branche autrement — son père et sa mère touchaient déjà à l'électro.
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Le morceau est aussi une déclaration d'intention : la voix y est traitée comme un instrument, avec des filtres et des doublages qui l'éloignent de la chanson à voix nue. Pour une artiste dont la signature était justement la voix, c'est un pari — et c'est ce pari qui donne au disque sa tension.
Le 22 août 2026, une légende codée sur Instagram révèle la date du **16 octobre** ; le 28 août sort *Une seule vie*, avec une pochette signée **Grant James Thomas**, inspirée de la *Main à la sphère réfléchissante* de **M.C. Escher**. Une main qui tend un miroir : regardez-moi comme je suis, pas comme vous m'avez fabriquée. Après deux disques où elle a été tour à tour « la fille de *Brol* » et « la voix de *Nonante-Cinq* », le geste a une signification claire, et il annonce un album qui veut brouiller son image.
*Dis-le* est le morceau qui a fait débat : son clip renvoie aux **free parties**, et une partie de la scène rave a reproché à Angèle de s'approprier cette culture. Elle a reconnu la légitimité du débat, en défendant l'idée que ces rassemblements sont un espace de liberté et d'expression pour la jeunesse. La polémique a un peu masqué la chanson, ce qui est dommage : le texte est plus intéressant que le débat qu'il a provoqué, et il s'en prend aux silences collectifs, à ce qu'on préfère ne pas dire.
{{insert:track title="Dis-le" artist="Angèle" album="Instinct" year=2026 tidal=570149768 duration=247 excerpt=110 from=25 yt=IvfuwIRUFU0}}
C'est un des titres les plus directs du disque, et le texte ne prend pas de détour : il s'en prend aux silences collectifs, à ce qu'on préfère ne pas dire. La polémique a un peu masqué la chanson, ce qui est dommage — elle est plus intéressante que le débat qu'elle a provoqué.
*Une seule vie* est le single qui a accompagné l'annonce : un tempo qui avance, un refrain qui monte, un texte sur le temps qui passe. La production est plus dense que sur *Brol*, mais la mélodie reste au premier plan — et c'est là qu'Angèle est la plus forte. Un pied dans la chanson, un pied dans le club : c'est le morceau qui a rassuré le public inquiet du virage.
{{insert:track title="Une seule vie" artist="Angèle" album="Instinct" year=2026 tidal=570149771 duration=246 excerpt=110 from=20 yt=3yv8C_QgdZY}}
Le morceau résume assez bien le disque : un pied dans la chanson, un pied dans le club, et une voix qui tient les deux ensemble. C'est aussi celui qui a rassuré une partie du public inquiet du virage — la mélodie est toujours là, et elle porte.
**Instinct** sort le **16 octobre 2026** chez **Sony Music** : treize titres, produits par Tristan Salvati, avec **Caroline Polachek** et **SebastiAn**, **Soulwax**, **Oscar Scheller** et **Oscar Holter**, l'un des auteurs de *Blinding Lights*. Angèle quitte Initial, le label de ses débuts, et change donc d'échelle en même temps que de son.
*Love Triangle*, en trio avec **Caroline Polachek** et **SebastiAn**, est un des morceaux les plus travaillés du disque : des voix qui se croisent, une production dense, un refrain presque disco. Angèle n'a pas seulement changé de sonorité, elle a changé de rapport à la danse.
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La présence de Polachek n'est pas un hasard : c'est une artiste qui travaille la voix comme une matière, et l'album d'Angèle revendique exactement cela. Sur ce morceau, les deux voix se confondent parfois au point qu'on ne sait plus qui chante — ce qui est une façon élégante de parler d'un triangle amoureux.
*Je sais* est l'hommage à son père, **Marka** : une adresse, des phrases courtes, une production qui laisse de la place. C'est le morceau que la critique a le plus unanimement retenu, y compris chez ceux qui n'ont pas aimé le virage électro — parce que l'écriture y reprend le dessus sur le son.
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C'est aussi le plus difficile à écouter : pas de pathos, pas de grande déclaration, juste quelqu'un qui parle à son père au présent. Dans un album qui veut faire danser, ce moment suspendu rappelle que la chanson reste, chez Angèle, une affaire d'adresse — et c'est sans doute ce qui lui survivra.
La réception d'*Instinct* est contrastée. **Les Inrockuptibles** estime que le disque renoue avec les qualités de *Brol*, en élargissant le registre de la chanteuse aux sonorités électroniques sans abandonner les textes personnels. **Le Monde** décrit un album plus noir et plus tendu, tourné vers la French touch, où elle conserve « l'art du refrain efficace ».
À l'inverse, **Libération** trouve l'ensemble « laborieux », trop calibré pour le streaming, et reproche à la métamorphose de paraître forcée. *Aujourd'hui en France* salue par endroits la production mais regrette que l'écriture mélodique passe au second plan, et retient surtout *Je sais*, la chanson consacrée à son père.
Angèle assume : elle veut « laisser parler [ses] tripes », passe d'une langue à l'autre et revendique la French touch. Une tournée démarre en **mars 2027**, mise en scène par **(La)Horde**, avec la Reims Arena puis cinq dates à l'Accor Arena de Paris. Trois albums, trois sons, et un même geste : préférer se tromper en changeant plutôt que réussir en se répétant.