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Simon & Garfunkel — deux voix de Queens

Des gamins de Kew Gardens Hills au Central Park, l'histoire d'une harmonie qui n'a jamais tenu qu'à un fil

Simon & Garfunkel1 h 00

Simon & Garfunkel, c'est *Paul Simon et Art Garfunkel, deux garçons du quartier juif de Kew Gardens Hills, dans le Queens, à New York. Ils habitent à trois rues l'un de l'autre, fréquentent les mêmes écoles — Public School 164, Parsons Junior High, Forest Hills High School — et se rencontrent en 1953, dans une adaptation d'Alice au pays des merveilles* montée par l'école. Ils fondent un groupe de doo-wop, les Peptones, avec trois copains, et apprennent à chanter en harmonie. C'est là que tout commence.

En 1957, à quinze ans, ils enregistrent Hey, Schoolgirl pour 25 dollars dans un studio de Manhattan, sous le nom de *Tom & Jerry — Garfunkel se fait appeler Tom Graph à cause de son goût pour les mathématiques, Simon Jerry Landis d'après le nom d'une fille. Un promoteur, Sid Prosen, les entend, les signe, et paie 200 dollars à Alan Freed* pour passer le disque à la radio. Le single se vend à plus de 100 000 exemplaires et atteint la 49e place du Billboard. Ils toucheront environ 4 000 dollars chacun.

Il faut s'arrêter sur les années d'avant, parce qu'elles expliquent la suite. Après Hey, Schoolgirl, ils enregistrent deux autres singles qui ne marchent pas, et Simon sort un single solo sous le nom de *True Taylor*, ce que Garfunkel prend pour une trahison — la blessure ne se refermera jamais vraiment. Ils continuent leurs études : Simon à Queens College, Garfunkel à Columbia, où il étudie l'architecture puis l'histoire de l'art. Simon écrit pour d'autres, travaille avec Carole King et Gerry Goffin, et enregistre sous divers pseudonymes. Garfunkel, de son côté, enregistre quelques disques sous le nom d'Artie Garr.

En 1964, après l'échec de Wednesday Morning, 3 A.M., Simon part en Angleterre. Il joue dans des clubs folk, rencontre *Bert Jansch, Martin Carthy, Al Stewart et Sandy Denny, et tombe amoureux de Kathy Chitty, qui deviendra la Kathy de Kathy's Song et d'America. Il enregistre The Paul Simon Songbook en 1965, avec des chansons qui deviendront des classiques du duo : I Am a Rock, April Come She Will, The Sound of Silence*. L'album ne se vend pas, mais Simon est heureux : il pense avoir trouvé sa vie en Angleterre.

The Sound of Silence est la chanson qui a tout changé, et son histoire est une des plus étranges du rock. Écoutez la version que tout le monde connaît : une guitare acoustique, deux voix, et une batterie et une basse électrique qui n'étaient pas prévues.

Le morceau figurait sur Wednesday Morning, 3 A.M., le premier album, sorti en octobre 1964 et vendu à *3 000 exemplaires. Simon était reparti en Angleterre, Garfunkel avait repris ses études à Columbia. C'est Tom Wilson*, le producteur, qui a entendu que la chanson marchait dans les radios universitaires de Boston, et qui a décidé de la remixer avec un groupe de rock — sans prévenir les intéressés. Simon a été « horrifié » en l'entendant. Le disque est devenu numéro un en janvier 1966, avec plus d'un million d'exemplaires.

Homeward Bound est le single suivant, et c'est une des plus belles chansons de la période. Écoutez la simplicité : une guitare, deux voix, et un texte sur le retour à la maison après une tournée.

Le morceau est entré dans le top 10 américain, et il a été écrit par Simon dans une gare — à Widnes, près de Liverpool, selon la légende la plus répandue. C'est une chanson de fatigue, et c'est ce qui la rend universelle : tout le monde a un endroit où il veut rentrer, et personne ne sait très bien où il est.

I Am a Rock est l'autre face de cette période : un homme qui se protège du monde, qui se compare à une île, à un rocher, et qui refuse le contact. Écoutez l'ironie de la mélodie : elle est gaie, alors que le texte est une déclaration de solitude.

Le morceau avait été enregistré par Simon seul, en Angleterre, sur The Paul Simon Songbook en 1965, et la version du duo est plus dure, avec une batterie et des guitares. C'est un des premiers exemples de la différence entre les deux : Simon écrit des chansons qui peuvent être folk ou rock, et Garfunkel leur donne une couleur qui les rend plus douces — ou plus inquiétantes.

Scarborough Fair/Canticle est le morceau qui a fait entrer le duo dans une autre dimension. Écoutez l'arrangement : une mélodie traditionnelle anglaise, une seconde mélodie superposée, et des harmonies qui semblent venir du Moyen Âge.

La chanson est un arrangement d'une ballade traditionnelle, avec une contre-mélodie composée par Simon — un « canticle » qui parle de guerre et de soldats, et qui transforme la complainte amoureuse en chanson politique. C'est à partir de ce morceau, selon Garfunkel, que le duo a commencé à se comporter en producteur, passant son temps aux côtés de l'ingénieur *Roy Halee* pour mixer.

A Hazy Shade of Winter est un single de 1966, et c'est un des morceaux les plus rock du duo : une guitare électrique, une batterie, et une voix qui pousse. Écoutez le refrain : c'est presque du folk rock anglais, avec une urgence qui annonce les années 1970.

Le morceau a atteint la treizième place du Billboard, et il est un des rares où le duo assume une forme de puissance. C'est aussi un exemple de la méthode de Simon : des images de saisons, de vieillissement, de temps qui passe, et une mélodie qui reste.

Le Lauréat est un tournant, et son histoire est celle d'une rencontre. *Mike Nichols, qui prépare le film, écoute les disques du duo en boucle, et demande à Columbia l'autorisation d'utiliser leurs chansons. Simon hésite, par peur de « vendre » sa musique, puis rencontre Nichols, est séduit par son humour et le scénario, et accepte d'écrire de nouveaux morceaux. Il touche 25 000 dollars pour soumettre trois chansons ; Nichols n'aime pas les deux premières, et c'est une troisième, inachevée, qui deviendra Mrs. Robinson*.

Mrs. Robinson est la chanson du Lauréat, le film de *Mike Nichols* sorti en 1967, et c'est un des plus grands tubes du duo. Écoutez l'intro : « doo doo doo doo » — et c'est parti.

L'histoire est savoureuse : Nichols avait demandé à Simon trois chansons pour le film, et il n'avait pas aimé les deux premières. Simon et Garfunkel lui ont alors proposé une chanson inachevée, qui allait devenir Mrs. Robinson, et Nichols a adoré. Le morceau a été le premier titre de rock and roll à recevoir le *Grammy du disque de l'année, en 1969, et il a fait de Bookends* un des albums les plus vendus de l'année.

Bookends est enregistré par intermittence de la fin 1966 au début 1968, et c'est un disque de studio pur : le duo profite d'un ancien contrat qui fait payer les séances par le label, et engage des altos, des cuivres, des percussionnistes. Le résultat est bref — vingt-neuf minutes — mais très travaillé : ils passent plus de *cinquante heures sur Punky's Dilemma*, et refont des parties vocales note par note. C'est aussi le moment où les harmonies du duo commencent à disparaître, et où Garfunkel prend le devant sur certains morceaux.

America est le morceau central de Bookends, et c'est une des plus belles chansons de Simon : un couple qui voyage en bus, des paysages, et une phrase qui résume l'époque — « they've all come to look for America ».

Le morceau dure trois minutes trente, et il contient un des rares moments de rock du duo : une batterie qui entre au milieu, des guitares, et une montée. C'est aussi une chanson sur la désillusion : les gens cherchent l'Amérique, et ils trouvent des autoroutes, des bus et des sandwichs.

The Boxer est un single de 1969, et c'est un des morceaux les plus ambitieux du duo : une intro de guitare, une basse, des trompettes, et un refrain qui ressemble à une cathédrale. Écoutez la fin : le refrain est repris en canon, avec des « lie-la-lie » qui n'ont aucun sens et qui sont pourtant inoubliables.

Le morceau a été enregistré avec des musiciens de Nashville, et il a demandé des mois de travail : Simon voulait un son de batterie particulier, et le producteur a fini par le faire jouer par plusieurs batteurs en même temps. C'est un des rares titres où l'on entend le duo chercher une forme de grandeur, et il annonce Bridge Over Troubled Water.

Bridge Over Troubled Water est la chanson-titre du dernier album, et c'est un des plus grands succès du duo : un piano, des cordes, et la voix de Garfunkel qui monte. Écoutez l'arrangement : c'est du gospel, mais joué par deux New-Yorkais blancs, et c'est ce qui le rend si particulier.

Simon a écrit la chanson pour Garfunkel, et il a toujours dit qu'il regrettait de ne pas l'avoir chantée lui-même. Le morceau a gagné le *Grammy du disque de l'année* en 1971, et l'album est devenu un des plus vendus de l'histoire. C'est aussi le chant du cygne : le duo se sépare la même année, et la chanson ressemble à une prière pour ce qui s'en va.

Bridge Over Troubled Water est enregistré en 1969, avec *Roy Halee à l'ingénierie, et c'est un album plus ambitieux que les précédents : des cordes, des cuivres, des percussions, et des chansons qui prennent leur temps. The Boxer demande des mois de travail, avec plusieurs batteurs enregistrés ensemble pour obtenir un son particulier ; The Only Living Boy in New York* utilise une chambre d'écho pour les chœurs. C'est aussi un album enregistré dans une atmosphère de plus en plus tendue, où les deux hommes travaillent séparément et se croisent en studio.

Cecilia est l'autre tube de l'album, et c'est un morceau de fête : une guitare acoustique, des percussions, et une voix qui répète le nom d'une fille. Écoutez la légèreté : c'est du pop, et c'est presque de la world music avant l'heure.

La chanson est née d'un riff de guitare, et Simon a raconté qu'il l'avait écrit après avoir entendu un disque de musique sud-américaine. Le morceau est court, drôle, et il contraste avec la gravité du reste de l'album — c'est ce qui donne à Bridge son équilibre.

El Condor Pasa (If I Could) est une reprise d'une mélodie péruvienne, avec des paroles anglaises de Simon. Écoutez la flûte : c'est un instrument andin, et le morceau est un des premiers exemples de « world music » dans la pop américaine.

Le morceau est crédité à *Daniel Alomía Robles*, compositeur péruvien, et à Simon pour les paroles. C'est aussi un des rares titres de l'album où le duo s'efface derrière un arrangement : les cordes, la flûte et les percussions prennent le dessus, et les voix deviennent une couleur parmi d'autres.

The Only Living Boy in New York ferme Bridge, et c'est une des plus belles chansons de Simon : une lettre à Garfunkel, qui tournait dans un film au Mexique, et une mélodie qui monte avec des chœurs.

Le titre fait référence à Garfunkel, qui jouait dans Catch-22 de Mike Nichols, et Simon écrit sur la solitude de celui qui reste à New York. Les chœurs, enregistrés avec la technique du « echo chamber », donnent au morceau une ampleur qui annonce les productions des années 1970. C'est une des rares fois où l'on entend la relation entre les deux hommes sans qu'elle soit une dispute.

La séparation, en 1970, n'est pas un coup de tête : elle est préparée par des années de tensions artistiques. Simon veut écrire seul, Garfunkel veut chanter et jouer au cinéma — il tourne Catch-22 avec Mike Nichols pendant l'enregistrement de Bridge. Après la sortie de l'album, les deux hommes prennent des chemins différents : Simon entame une carrière solo quiaboutira à Graceland en 1986, Garfunkel enregistre des albums et des singles, dont Bright Eyes en 1979, et joue dans des films comme Bad Timing de Nicolas Roeg.

Leur son repose sur une technique vocale très précise : les deux voix ne chantent pas à l'unisson, elles se répartissent les rôles. Garfunkel tient le registre haut, avec un timbre clair et un vibrato contrôlé, tandis que Simon reste dans le médium, plus proche de la parole. Sur les refrains, ils se rejoignent, mais sans jamais se fondre complètement : on entend toujours deux voix distinctes, ce qui donne à la musique une tension particulière. C'est ce que les producteurs de l'époque appelaient « l'harmonie à la Simon & Garfunkel », et c'est ce qui a fait école.

Bridge Over Troubled Water a été un phénomène commercial : l'album est resté numéro un pendant des semaines dans plusieurs pays, et il est devenu un des disques les plus vendus des années 1970. Il contient pourtant des morceaux très différents — le gospel de la chanson-titre, la fête de Cecilia, l'exotisme d'El Condor Pasa, la confession de The Only Living Boy in New York — et c'est cette variété qui fait sa force. C'est un disque de fin, et il sonne comme un adieu, même si personne, à l'époque, ne voulait l'admettre. Les sessions, commencées à l'automne 1969, se sont étalées sur plusieurs mois, avec des allers-retours entre New York, Los Angeles et Nashville, et une atmosphère qui se dégradait à mesure que les chansons prenaient forme.

La relation entre Simon et Garfunkel est le fil rouge de toute leur histoire. Ils se sont connus enfants, ils ont enregistré ensemble adolescents, ils se sont brouillés quand Simon a sorti un single solo sous un faux nom — Garfunkel l'a vécu comme une trahison. Ils se sont retrouvés en 1963, à Greenwich Village, sous le nom de *Kane & Garr*, avant de signer chez Columbia. Et ils se sont séparés en 1970, après un album enregistré dans une atmosphère de plus en plus tendue.

Le succès, lui, a été immense. Trois numéros un aux États-Unis — The Sound of Silence, Mrs. Robinson et Bridge Over Troubled Water —, deux Grammy du disque de l'année, sept Grammy en tout, et plus de *100 millions de disques vendus. Bookends est resté six semaines numéro un et soixante-six semaines dans le classement ; Bridge* est devenu un des albums les plus vendus du monde, avec des chiffres qui dépassent les vingt-cinq millions d'exemplaires.

Les retrouvailles ont lieu en *1981, avec le concert de Central Park*, devant plus de 500 000 personnes — un des plus grands rassemblements de l'histoire des concerts. Le concert est filmé, publié, et devient un événement télévisuel. D'autres suivront : 1972 pour un concert de soutien, 1975 pour une émission de télévision, 2003-2004 pour une tournée, 2007-2010 pour une dernière série de concerts. À chaque fois, les mêmes rumeurs, les mêmes brouilles, et la même harmonie sur scène.

Le cinéma a joué un rôle décisif. Le Lauréat de Mike Nichols, en 1967, utilise leurs chansons comme une bande originale — ce qui était rare à l'époque — et fait d'eux les voix d'une génération. La même année, ils participent au festival de *Monterey*, au début du Summer of Love, et leur image se construit : deux garçons propres, un peu tristes, avec des harmonies impeccables et des textes qui parlent de solitude.

Les retrouvailles ont eu lieu plusieurs fois : en 1972 pour un concert de bienfaisance, en 1975 pour la télévision, et surtout en *1981, avec le concert de Central Park, devant plus de 500 000 personnes. Puis il y a eu la tournée de 2003-2004, celle de 2007-2010, et des séparations à répétition, souvent pour des raisons de contrat ou d'ego. Ils ont été intronisés au Rock and Roll Hall of Fame en 1990, et Rolling Stone* les a classés quarantièmes meilleurs artistes de tous les temps, troisièmes meilleurs duos. En 2003, une tournée commune est interrompue par une brouille, et il faudra attendre 2009 pour les revoir ensemble, à l'occasion d'un concert au Beacon Theatre de New York, puis 2010 pour une dernière série de dates.

Le bilan est impressionnant : trois numéros un aux États-Unis, deux Grammy du disque de l'année, sept Grammy en tout, plus de *100 millions de disques vendus, une intronisation au Rock and Roll Hall of Fame en 1990, et une quarantième place dans la liste des plus grands artistes de Rolling Stone* en 2010. Mais le vrai héritage est ailleurs : dans l'idée qu'un duo peut être une forme complète, avec deux voix qui ne se mélangent pas, et dans les chansons de Simon, qui ont donné à la folk américaine une écriture de roman.

Ce qui reste de Simon & Garfunkel, c'est une harmonie : deux voix qui se complètent sans jamais se mélanger, celle de Simon plus fragile, plus parlée, et celle de Garfunkel, limpide, presque angélique, qui porte les refrains. C'est aussi une écriture : celle de Simon, qui a transformé des ballades folk en chansons sur l'Amérique, la solitude et le temps qui passe. Et c'est enfin une histoire de brouille, comme souvent dans les grands duos : deux hommes qui ne peuvent pas se passer l'un de l'autre, et qui ne peuvent pas non plus vivre ensemble.

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title: Simon & Garfunkel — deux voix de Queens
subtitle: Des gamins de Kew Gardens Hills au Central Park, l'histoire d'une harmonie qui n'a jamais tenu qu'à un fil
summary: Paul Simon et Art Garfunkel se rencontrent à l'école en 1953, enregistrent un tube à quinze ans sous le nom de Tom & Jerry, se séparent, se retrouvent, vendent plus de cent millions de disques, et se détestent poliment pendant trente ans.
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  - artist: Simon & Garfunkel
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Simon & Garfunkel, c'est **Paul Simon** et **Art Garfunkel**, deux garçons du quartier juif de **Kew Gardens Hills**, dans le Queens, à New York. Ils habitent à trois rues l'un de l'autre, fréquentent les mêmes écoles — Public School 164, Parsons Junior High, Forest Hills High School — et se rencontrent en 1953, dans une adaptation d'*Alice au pays des merveilles* montée par l'école. Ils fondent un groupe de doo-wop, les Peptones, avec trois copains, et apprennent à chanter en harmonie. C'est là que tout commence.

En 1957, à quinze ans, ils enregistrent *Hey, Schoolgirl* pour 25 dollars dans un studio de Manhattan, sous le nom de **Tom & Jerry** — Garfunkel se fait appeler Tom Graph à cause de son goût pour les mathématiques, Simon Jerry Landis d'après le nom d'une fille. Un promoteur, Sid Prosen, les entend, les signe, et paie 200 dollars à **Alan Freed** pour passer le disque à la radio. Le single se vend à plus de 100 000 exemplaires et atteint la 49e place du Billboard. Ils toucheront environ 4 000 dollars chacun.

Il faut s'arrêter sur les années d'avant, parce qu'elles expliquent la suite. Après *Hey, Schoolgirl*, ils enregistrent deux autres singles qui ne marchent pas, et Simon sort un single solo sous le nom de **True Taylor**, ce que Garfunkel prend pour une trahison — la blessure ne se refermera jamais vraiment. Ils continuent leurs études : Simon à Queens College, Garfunkel à Columbia, où il étudie l'architecture puis l'histoire de l'art. Simon écrit pour d'autres, travaille avec Carole King et Gerry Goffin, et enregistre sous divers pseudonymes. Garfunkel, de son côté, enregistre quelques disques sous le nom d'Artie Garr.

En 1964, après l'échec de *Wednesday Morning, 3 A.M.*, Simon part en Angleterre. Il joue dans des clubs folk, rencontre **Bert Jansch**, **Martin Carthy**, **Al Stewart** et **Sandy Denny**, et tombe amoureux de **Kathy Chitty**, qui deviendra la Kathy de *Kathy's Song* et d'*America*. Il enregistre *The Paul Simon Songbook* en 1965, avec des chansons qui deviendront des classiques du duo : *I Am a Rock*, *April Come She Will*, *The Sound of Silence*. L'album ne se vend pas, mais Simon est heureux : il pense avoir trouvé sa vie en Angleterre.

*The Sound of Silence* est la chanson qui a tout changé, et son histoire est une des plus étranges du rock. Écoutez la version que tout le monde connaît : une guitare acoustique, deux voix, et une batterie et une basse électrique qui n'étaient pas prévues.

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Le morceau figurait sur *Wednesday Morning, 3 A.M.*, le premier album, sorti en octobre 1964 et vendu à **3 000 exemplaires**. Simon était reparti en Angleterre, Garfunkel avait repris ses études à Columbia. C'est **Tom Wilson**, le producteur, qui a entendu que la chanson marchait dans les radios universitaires de Boston, et qui a décidé de la remixer avec un groupe de rock — sans prévenir les intéressés. Simon a été « horrifié » en l'entendant. Le disque est devenu numéro un en janvier 1966, avec plus d'un million d'exemplaires.

*Homeward Bound* est le single suivant, et c'est une des plus belles chansons de la période. Écoutez la simplicité : une guitare, deux voix, et un texte sur le retour à la maison après une tournée.

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Le morceau est entré dans le top 10 américain, et il a été écrit par Simon dans une gare — à Widnes, près de Liverpool, selon la légende la plus répandue. C'est une chanson de fatigue, et c'est ce qui la rend universelle : tout le monde a un endroit où il veut rentrer, et personne ne sait très bien où il est.

*I Am a Rock* est l'autre face de cette période : un homme qui se protège du monde, qui se compare à une île, à un rocher, et qui refuse le contact. Écoutez l'ironie de la mélodie : elle est gaie, alors que le texte est une déclaration de solitude.

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Le morceau avait été enregistré par Simon seul, en Angleterre, sur *The Paul Simon Songbook* en 1965, et la version du duo est plus dure, avec une batterie et des guitares. C'est un des premiers exemples de la différence entre les deux : Simon écrit des chansons qui peuvent être folk ou rock, et Garfunkel leur donne une couleur qui les rend plus douces — ou plus inquiétantes.

*Scarborough Fair/Canticle* est le morceau qui a fait entrer le duo dans une autre dimension. Écoutez l'arrangement : une mélodie traditionnelle anglaise, une seconde mélodie superposée, et des harmonies qui semblent venir du Moyen Âge.

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La chanson est un arrangement d'une ballade traditionnelle, avec une contre-mélodie composée par Simon — un « canticle » qui parle de guerre et de soldats, et qui transforme la complainte amoureuse en chanson politique. C'est à partir de ce morceau, selon Garfunkel, que le duo a commencé à se comporter en producteur, passant son temps aux côtés de l'ingénieur **Roy Halee** pour mixer.

*A Hazy Shade of Winter* est un single de 1966, et c'est un des morceaux les plus rock du duo : une guitare électrique, une batterie, et une voix qui pousse. Écoutez le refrain : c'est presque du folk rock anglais, avec une urgence qui annonce les années 1970.

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Le morceau a atteint la treizième place du Billboard, et il est un des rares où le duo assume une forme de puissance. C'est aussi un exemple de la méthode de Simon : des images de saisons, de vieillissement, de temps qui passe, et une mélodie qui reste.

*Le Lauréat* est un tournant, et son histoire est celle d'une rencontre. **Mike Nichols**, qui prépare le film, écoute les disques du duo en boucle, et demande à Columbia l'autorisation d'utiliser leurs chansons. Simon hésite, par peur de « vendre » sa musique, puis rencontre Nichols, est séduit par son humour et le scénario, et accepte d'écrire de nouveaux morceaux. Il touche 25 000 dollars pour soumettre trois chansons ; Nichols n'aime pas les deux premières, et c'est une troisième, inachevée, qui deviendra *Mrs. Robinson*.

*Mrs. Robinson* est la chanson du *Lauréat*, le film de **Mike Nichols** sorti en 1967, et c'est un des plus grands tubes du duo. Écoutez l'intro : « doo doo doo doo » — et c'est parti.

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L'histoire est savoureuse : Nichols avait demandé à Simon trois chansons pour le film, et il n'avait pas aimé les deux premières. Simon et Garfunkel lui ont alors proposé une chanson inachevée, qui allait devenir *Mrs. Robinson*, et Nichols a adoré. Le morceau a été le premier titre de rock and roll à recevoir le **Grammy du disque de l'année**, en 1969, et il a fait de *Bookends* un des albums les plus vendus de l'année.

*Bookends* est enregistré par intermittence de la fin 1966 au début 1968, et c'est un disque de studio pur : le duo profite d'un ancien contrat qui fait payer les séances par le label, et engage des altos, des cuivres, des percussionnistes. Le résultat est bref — vingt-neuf minutes — mais très travaillé : ils passent plus de **cinquante heures** sur *Punky's Dilemma*, et refont des parties vocales note par note. C'est aussi le moment où les harmonies du duo commencent à disparaître, et où Garfunkel prend le devant sur certains morceaux.

*America* est le morceau central de *Bookends*, et c'est une des plus belles chansons de Simon : un couple qui voyage en bus, des paysages, et une phrase qui résume l'époque — « they've all come to look for America ».

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Le morceau dure trois minutes trente, et il contient un des rares moments de rock du duo : une batterie qui entre au milieu, des guitares, et une montée. C'est aussi une chanson sur la désillusion : les gens cherchent l'Amérique, et ils trouvent des autoroutes, des bus et des sandwichs.

*The Boxer* est un single de 1969, et c'est un des morceaux les plus ambitieux du duo : une intro de guitare, une basse, des trompettes, et un refrain qui ressemble à une cathédrale. Écoutez la fin : le refrain est repris en canon, avec des « lie-la-lie » qui n'ont aucun sens et qui sont pourtant inoubliables.

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Le morceau a été enregistré avec des musiciens de Nashville, et il a demandé des mois de travail : Simon voulait un son de batterie particulier, et le producteur a fini par le faire jouer par plusieurs batteurs en même temps. C'est un des rares titres où l'on entend le duo chercher une forme de grandeur, et il annonce *Bridge Over Troubled Water*.

*Bridge Over Troubled Water* est la chanson-titre du dernier album, et c'est un des plus grands succès du duo : un piano, des cordes, et la voix de Garfunkel qui monte. Écoutez l'arrangement : c'est du gospel, mais joué par deux New-Yorkais blancs, et c'est ce qui le rend si particulier.

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Simon a écrit la chanson pour Garfunkel, et il a toujours dit qu'il regrettait de ne pas l'avoir chantée lui-même. Le morceau a gagné le **Grammy du disque de l'année** en 1971, et l'album est devenu un des plus vendus de l'histoire. C'est aussi le chant du cygne : le duo se sépare la même année, et la chanson ressemble à une prière pour ce qui s'en va.

*Bridge Over Troubled Water* est enregistré en 1969, avec **Roy Halee** à l'ingénierie, et c'est un album plus ambitieux que les précédents : des cordes, des cuivres, des percussions, et des chansons qui prennent leur temps. *The Boxer* demande des mois de travail, avec plusieurs batteurs enregistrés ensemble pour obtenir un son particulier ; *The Only Living Boy in New York* utilise une chambre d'écho pour les chœurs. C'est aussi un album enregistré dans une atmosphère de plus en plus tendue, où les deux hommes travaillent séparément et se croisent en studio.

*Cecilia* est l'autre tube de l'album, et c'est un morceau de fête : une guitare acoustique, des percussions, et une voix qui répète le nom d'une fille. Écoutez la légèreté : c'est du pop, et c'est presque de la world music avant l'heure.

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La chanson est née d'un riff de guitare, et Simon a raconté qu'il l'avait écrit après avoir entendu un disque de musique sud-américaine. Le morceau est court, drôle, et il contraste avec la gravité du reste de l'album — c'est ce qui donne à *Bridge* son équilibre.

*El Condor Pasa (If I Could)* est une reprise d'une mélodie péruvienne, avec des paroles anglaises de Simon. Écoutez la flûte : c'est un instrument andin, et le morceau est un des premiers exemples de « world music » dans la pop américaine.

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Le morceau est crédité à **Daniel Alomía Robles**, compositeur péruvien, et à Simon pour les paroles. C'est aussi un des rares titres de l'album où le duo s'efface derrière un arrangement : les cordes, la flûte et les percussions prennent le dessus, et les voix deviennent une couleur parmi d'autres.

*The Only Living Boy in New York* ferme *Bridge*, et c'est une des plus belles chansons de Simon : une lettre à Garfunkel, qui tournait dans un film au Mexique, et une mélodie qui monte avec des chœurs.

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Le titre fait référence à Garfunkel, qui jouait dans *Catch-22* de Mike Nichols, et Simon écrit sur la solitude de celui qui reste à New York. Les chœurs, enregistrés avec la technique du « echo chamber », donnent au morceau une ampleur qui annonce les productions des années 1970. C'est une des rares fois où l'on entend la relation entre les deux hommes sans qu'elle soit une dispute.

La séparation, en 1970, n'est pas un coup de tête : elle est préparée par des années de tensions artistiques. Simon veut écrire seul, Garfunkel veut chanter et jouer au cinéma — il tourne *Catch-22* avec Mike Nichols pendant l'enregistrement de *Bridge*. Après la sortie de l'album, les deux hommes prennent des chemins différents : Simon entame une carrière solo quiaboutira à *Graceland* en 1986, Garfunkel enregistre des albums et des singles, dont *Bright Eyes* en 1979, et joue dans des films comme *Bad Timing* de Nicolas Roeg.

Leur son repose sur une technique vocale très précise : les deux voix ne chantent pas à l'unisson, elles se répartissent les rôles. Garfunkel tient le registre haut, avec un timbre clair et un vibrato contrôlé, tandis que Simon reste dans le médium, plus proche de la parole. Sur les refrains, ils se rejoignent, mais sans jamais se fondre complètement : on entend toujours deux voix distinctes, ce qui donne à la musique une tension particulière. C'est ce que les producteurs de l'époque appelaient « l'harmonie à la Simon & Garfunkel », et c'est ce qui a fait école.

*Bridge Over Troubled Water* a été un phénomène commercial : l'album est resté numéro un pendant des semaines dans plusieurs pays, et il est devenu un des disques les plus vendus des années 1970. Il contient pourtant des morceaux très différents — le gospel de la chanson-titre, la fête de *Cecilia*, l'exotisme d'*El Condor Pasa*, la confession de *The Only Living Boy in New York* — et c'est cette variété qui fait sa force. C'est un disque de fin, et il sonne comme un adieu, même si personne, à l'époque, ne voulait l'admettre. Les sessions, commencées à l'automne 1969, se sont étalées sur plusieurs mois, avec des allers-retours entre New York, Los Angeles et Nashville, et une atmosphère qui se dégradait à mesure que les chansons prenaient forme.

La relation entre Simon et Garfunkel est le fil rouge de toute leur histoire. Ils se sont connus enfants, ils ont enregistré ensemble adolescents, ils se sont brouillés quand Simon a sorti un single solo sous un faux nom — Garfunkel l'a vécu comme une trahison. Ils se sont retrouvés en 1963, à Greenwich Village, sous le nom de **Kane & Garr**, avant de signer chez Columbia. Et ils se sont séparés en 1970, après un album enregistré dans une atmosphère de plus en plus tendue.

Le succès, lui, a été immense. Trois numéros un aux États-Unis — *The Sound of Silence*, *Mrs. Robinson* et *Bridge Over Troubled Water* —, deux Grammy du disque de l'année, sept Grammy en tout, et plus de **100 millions** de disques vendus. *Bookends* est resté six semaines numéro un et soixante-six semaines dans le classement ; *Bridge* est devenu un des albums les plus vendus du monde, avec des chiffres qui dépassent les vingt-cinq millions d'exemplaires.

Les retrouvailles ont lieu en **1981**, avec le concert de **Central Park**, devant plus de 500 000 personnes — un des plus grands rassemblements de l'histoire des concerts. Le concert est filmé, publié, et devient un événement télévisuel. D'autres suivront : 1972 pour un concert de soutien, 1975 pour une émission de télévision, 2003-2004 pour une tournée, 2007-2010 pour une dernière série de concerts. À chaque fois, les mêmes rumeurs, les mêmes brouilles, et la même harmonie sur scène.

Le cinéma a joué un rôle décisif. *Le Lauréat* de Mike Nichols, en 1967, utilise leurs chansons comme une bande originale — ce qui était rare à l'époque — et fait d'eux les voix d'une génération. La même année, ils participent au festival de **Monterey**, au début du Summer of Love, et leur image se construit : deux garçons propres, un peu tristes, avec des harmonies impeccables et des textes qui parlent de solitude.

Les retrouvailles ont eu lieu plusieurs fois : en 1972 pour un concert de bienfaisance, en 1975 pour la télévision, et surtout en **1981**, avec le concert de **Central Park**, devant plus de 500 000 personnes. Puis il y a eu la tournée de 2003-2004, celle de 2007-2010, et des séparations à répétition, souvent pour des raisons de contrat ou d'ego. Ils ont été intronisés au **Rock and Roll Hall of Fame** en 1990, et *Rolling Stone* les a classés quarantièmes meilleurs artistes de tous les temps, troisièmes meilleurs duos. En 2003, une tournée commune est interrompue par une brouille, et il faudra attendre 2009 pour les revoir ensemble, à l'occasion d'un concert au Beacon Theatre de New York, puis 2010 pour une dernière série de dates.

Le bilan est impressionnant : trois numéros un aux États-Unis, deux Grammy du disque de l'année, sept Grammy en tout, plus de **100 millions** de disques vendus, une intronisation au **Rock and Roll Hall of Fame** en 1990, et une quarantième place dans la liste des plus grands artistes de *Rolling Stone* en 2010. Mais le vrai héritage est ailleurs : dans l'idée qu'un duo peut être une forme complète, avec deux voix qui ne se mélangent pas, et dans les chansons de Simon, qui ont donné à la folk américaine une écriture de roman.

Ce qui reste de Simon & Garfunkel, c'est une harmonie : deux voix qui se complètent sans jamais se mélanger, celle de Simon plus fragile, plus parlée, et celle de Garfunkel, limpide, presque angélique, qui porte les refrains. C'est aussi une écriture : celle de Simon, qui a transformé des ballades folk en chansons sur l'Amérique, la solitude et le temps qui passe. Et c'est enfin une histoire de brouille, comme souvent dans les grands duos : deux hommes qui ne peuvent pas se passer l'un de l'autre, et qui ne peuvent pas non plus vivre ensemble.