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The Dark Side of the Moon — Pink Floyd et les choses qui rendent fou
Un disque écrit en concert, enregistré en soixante jours à Abbey Road, et resté 996 semaines dans un classement américain
Après Meddle (1971), Pink Floyd part en tournée au Royaume-Uni, au Japon et aux États-Unis. Lors d'une réunion chez le batteur Nick Mason, à Londres, Roger Waters propose qu'un nouvel album serve de matériau au spectacle. Il conçoit un disque sur « les choses qui rendent les gens fous » : les pressions de la vie de tournée, et les problèmes mentaux de Syd Barrett, le fondateur parti en 1968. Le groupe avait déjà approché l'idée avec la suite de concert The Man and The Journey en 1969. Waters enregistre des maquettes dans un abri de jardin à Islington ; l'ouverture de Breathe vient d'un travail antérieur écrit avec Ron Geesin pour la bande originale de The Body, et la structure d'Us and Them vient d'une composition de Richard Wright, The Violent Sequence. Le groupe répète dans un entrepôt londonien des Rolling Stones, puis joue la suite — alors intitulée Dark Side of the Moon: A Piece for Assorted Lunatics — devant la presse au Rainbow Theatre le 17 février 1972, plus d'un an avant la sortie. L'album s'ouvre sur Speak to Me, un montage d'effets qui sert de générique et annonce tout ce qui va suivre.
La presse est partagée : Michael Wale, dans The Times, parle d'une œuvre « qui fait venir les larmes aux yeux », Derek Jewell, dans The Sunday Times, juge l'ambition « immense », et Melody Maker trouve de « bonnes idées » mais des effets sonores envahissants. Les séances commencent le 31 mai 1972 aux studios EMI — future Abbey Road — et durent environ soixante jours jusqu'au 9 février 1973. Alan Parsons, ingénieur maison, avait travaillé comme assistant sur Atom Heart Mother et comme ingénieur sur Abbey Road et Let It Be. Les séances utilisent des magnétophones Studer A80 seize pistes, contre quatre ou huit pistes sur les albums précédents. Le premier titre enregistré est Us and Them, le 31 mai. Speak to Me sert d'ouverture : Nick Mason en a fait une maquette chez lui, le morceau enchaîne des éléments des autres pièces en fondus enchaînés, avec un accord de piano joué à l'envers et un battement de cœur obtenu en traitant une grosse caisse. Vient ensuite Breathe (In the Air), dont le texte est écrit sur la même maquette que l'ouverture. C'est le seul crédit de composition solo de Nick Mason sur un album du groupe. Le battement ouvre et ferme le disque, et revient ponctuellement sur Time et On the Run.
Breathe enchaîne directement sur l'ouverture, et son texte — « n'aie pas peur de tenir à quelque chose » — vient de la même maquette que l'ouverture. La chanson est créditée Waters, Gilmour et Wright ; les harmonies vocales des deux hommes, très proches par le timbre, sont doublées par Alan Parsons pour que Gilmour puisse harmoniser avec lui-même. L'album est construit sur des allers-retours entre les deux faces d'un 33 tours : chaque face est une pièce continue, et le groupe enchaîne les morceaux sans silence. Le troisième titre change de méthode : On the Run est instrumental et repose sur les synthétiseurs. Le groupe utilise un EMS VCS 3 sur Brain Damage et Any Colour You Like, et un Synthi A sur Time et On the Run. Pendant l'enregistrement, l'ingénieur assistant Peter James court dans la chambre d'écho du studio pour produire le son de pas qui traverse le morceau. Le thème du morceau est l'angoisse du voyage moderne — en particulier la peur de l'avion de Richard Wright —, et il n'a pas de texte : tout passe par les synthétiseurs et les effets.
Time commence par une suite d'horloges qui sonnent : Parsons les avait enregistrées chez un horloger, séparément, comme test pour un mixage quadriphonique, sans penser à l'album. Le morceau est en fa dièse mineur, la batterie de Mason y tient une longue introduction avec des rototoms, et Waters crée un tic-tac en pinçant les deuxième et troisième cordes de sa basse, étouffées. C'est le seul titre de l'album dont l'écriture est créditée aux quatre membres du groupe, et le dernier de leur discographie dans ce cas. Le chant est partagé : Gilmour sur les couplets, Wright sur les ponts avec des choristes. Le texte vient d'une remarque de Waters sur son âge — il a alors vingt-huit ans et constate qu'il n'est plus en train de préparer sa vie, mais qu'il est dedans. Le morceau se termine par une reprise de Breathe. La séance avait été interrompue deux mois, le temps d'une tournée américaine, et les interruptions étaient fréquentes : Waters s'absentait pour voir jouer Arsenal, et le groupe regardait Monty Python's Flying Circus pendant que Parsons travaillait sur les bandes.
The Great Gig in the Sky est le morceau de Richard Wright, et il doit son existence à une chanteuse de studio, Clare Torry. Parsons, qui aimait sa voix, l'a proposée au groupe ; Gilmour, qui dirigeait la séance, lui a demandé d'exprimer des émotions plutôt que de chanter des mots. Elle a improvisé une mélodie sans paroles sur le solo de piano de Wright, en quelques prises, un dimanche soir. Elle a été payée au tarif de session, trente livres, et a quitté le studio en pensant que sa partie serait écartée : elle a découvert qu'elle figurait sur le disque en voyant son nom dans les crédits, chez un disquaire. En 2004, elle a attaqué EMI et Pink Floyd pour obtenir 50 % des droits du morceau ; l'affaire s'est réglée à l'amiable, et toutes les éditions postérieures à 2005 créditent Wright et Torry. Le morceau est aussi celui qui a le plus profité du mixage : c'est pendant la séance de The Great Gig in the Sky que Chris Thomas, amené pour le mixage final, était présent en studio.
Money ouvre la face B et commence par des machines à calculer, des pièces et une caisse enregistreuse. Waters avait fabriqué des boucles d'effets à partir d'objets liés à l'argent — dont des pièces jetées dans un saladier du studio de poterie de sa femme —, montées en 7/4, une mesure inhabituelle qu'il jugeait adaptée au « feeling blues » du morceau. La structure est un blues de douze mesures en si mineur, avec un solo de saxophone ténor de Dick Parry sur vingt mesures et un solo de guitare de Gilmour sur vingt-quatre. Le morceau est enregistré le 7 juin 1972. Sorti en single le 7 mai 1973, il atteint la treizième place du Billboard Hot 100 — le premier succès américain du groupe — et la dixième du Cash Box. Un pressage promotionnel à face blanche, avec une version mono et une version stéréo, a été envoyé aux radios : la face mono avait été censurée — « bullshit » remplacé par « bull » —, la stéréo ne l'était pas, et le tirage a été retiré.
Us and Them est le premier morceau enregistré, et le plus long de l'album. La musique vient d'une pièce de Wright écrite en 1969 pour Zabriskie Point, The Violent Sequence : Michelangelo Antonioni l'avait refusée en la jugeant « trop triste », ajoutant qu'elle lui faisait « penser à une église ». Elle est restée en réserve jusqu'aux séances. Les couplets reposent sur une progression influencée par le jazz — ré sus2, ré sixte neuvième, ré mineur majeur sept, sol — avec une pédale de ré à la basse, alternant avec la dominante. Dick Parry y joue du saxophone. Le texte de Waters traite de la guerre, des libertés civiles et du racisme, et de l'homme qu'on croise dans la rue sans l'aider. L'écho du morceau, minuté par Chris Thomas, est un des points sur lesquels le mixage final a été retravaillé. Le morceau sort en single aux États-Unis en 1974 et atteint la 72e place du Cash Box — un score modeste pour un titre de sept minutes cinquante.
Any Colour You Like est instrumental et occupe la huitième plage : c'est un morceau de claviers, avec l'EMS VCS 3 du groupe et une guitare de Gilmour traitée au phase-shifter. Son titre renvoie à l'illusion du choix — la formule « vous pouvez l'avoir de n'importe quelle couleur » étant, dans la bouche d'un vendeur, une manière de dire qu'il n'y a rien à choisir. La fin de la face B enchaîne trois morceaux sans interruption : Any Colour You Like, Brain Damage et Eclipse. C'est dans cette dernière partie que le disque abandonne les effets spectaculaires pour une forme plus directe, avec un chant presque seul et des chœurs de femmes sur les deux derniers titres. Le morceau n'a jamais été joué en concert avant la tournée de 1972, et il a été l'un des derniers à recevoir un titre définitif : le groupe l'appelait « Dave's funk ditty » pendant les séances.
Brain Damage contient la phrase qui renvoie directement à Syd Barrett — « et si le groupe dans lequel tu joues commence à jouer d'autres airs » — et c'est le morceau où le thème du disque devient explicite. La dernière semaine d'enregistrement, Waters a fait passer des questions à l'équipe d'Abbey Road : les réponses ont été enregistrées dans le studio 3, plongé dans le noir, à partir de fiches — « quelle est votre couleur préférée ? », puis des questions sur la folie, la violence et la mort. On y entend le roadie Roger Manifold, le régisseur Peter Watts — père de l'actrice Naomi Watts — pour le rire répété, et le portier irlandais Gerry O'Driscoll, qui prononce la phrase finale du disque. Les réponses de Paul et Linda McCartney ont été jugées inutilisables. C'est aussi la première fois que le groupe imprime ses paroles sur la pochette.
Eclipse, qui ferme l'album en deux minutes sept, reprend le battement de cœur de l'ouverture et boucle la forme. Le mixage final a été confié à Chris Thomas, amené pour « une paire d'oreilles neuves » : Waters et Mason voulaient un son sec, Gilmour et Wright un son plus réverbéré, et Thomas a arbitré. La pochette est de Hipgnosis — Storm Thorgerson et Aubrey Powell — avec George Hardie : Wright demandait quelque chose de « plus élégant, plus net, plus classe », et Thorgerson a trouvé l'idée du prisme dans un manuel de physique de 1963. Hipgnosis a proposé sept projets, et le groupe a choisi le prisme à l'unanimité. Le spectre continue à l'intérieur de la pochette double, où figure aussi une représentation du battement de cœur. Les paroles sont imprimées sur la pochette pour la première fois dans la discographie du groupe, ce qui dit la confiance de Waters dans son texte. L'édition du 30e anniversaire (2003) utilise un mixage 5.1 réalisé par James Guthrie, et non le mixage quadriphonique de Parsons, que le groupe n'a jamais validé.
Le disque sort le 1er mars 1973 aux États-Unis et le 16 mars au Royaume-Uni. La conférence de presse du 27 février au planétarium de Londres se tient sans le groupe, sauf Wright, remplacé par quatre silhouettes en carton. Melody Maker juge la face A confuse et la face B solide ; Steve Peacock, dans Sounds, recommande l'album à quiconque ; Loyd Grossman, dans Rolling Stone, parle d'une « richesse de texture et de concept qui exige l'implication » ; Robert Christgau, en 1981, trouve les idées lyriques clichées et la musique prétentieuse, mais parle d'un « chef-d'œuvre kitsch ». L'album est numéro un aux États-Unis le 28 avril 1973, et il reste classé 736 semaines non consécutives jusqu'en 1988 ; après le changement de méthode de comptage en 2009, le total atteint 996 semaines en janvier 2026. Il est certifié quinze fois platine aux États-Unis en 1998 et quatorze fois au Royaume-Uni, et il s'en était vendu plus de quarante-cinq millions d'exemplaires dans le monde en 2013.
Les morceaux
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title: The Dark Side of the Moon — Pink Floyd et les choses qui rendent fou
subtitle: Un disque écrit en concert, enregistré en soixante jours à Abbey Road, et resté 996 semaines dans un classement américain
summary: En 1972, Roger Waters propose un album sur ce qui fait perdre la tête aux gens. Le groupe le joue un an avant de l'enregistrer, Alan Parsons capte les horloges et les battements de cœur, et le prisme de Hipgnosis devient l'image la plus vendue de l'histoire du rock.
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- album: The Dark Side of the Moon
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Après *Meddle* (1971), Pink Floyd part en tournée au Royaume-Uni, au Japon et aux États-Unis. Lors d'une réunion chez le batteur Nick Mason, à Londres, Roger Waters propose qu'un nouvel album serve de matériau au spectacle. Il conçoit un disque sur « les choses qui rendent les gens fous » : les pressions de la vie de tournée, et les problèmes mentaux de Syd Barrett, le fondateur parti en 1968. Le groupe avait déjà approché l'idée avec la suite de concert *The Man and The Journey* en 1969. Waters enregistre des maquettes dans un abri de jardin à Islington ; l'ouverture de *Breathe* vient d'un travail antérieur écrit avec Ron Geesin pour la bande originale de *The Body*, et la structure d'*Us and Them* vient d'une composition de Richard Wright, *The Violent Sequence*. Le groupe répète dans un entrepôt londonien des Rolling Stones, puis joue la suite — alors intitulée *Dark Side of the Moon: A Piece for Assorted Lunatics* — devant la presse au Rainbow Theatre le 17 février 1972, plus d'un an avant la sortie. L'album s'ouvre sur *Speak to Me*, un montage d'effets qui sert de générique et annonce tout ce qui va suivre.
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La presse est partagée : Michael Wale, dans *The Times*, parle d'une œuvre « qui fait venir les larmes aux yeux », Derek Jewell, dans *The Sunday Times*, juge l'ambition « immense », et *Melody Maker* trouve de « bonnes idées » mais des effets sonores envahissants. Les séances commencent le 31 mai 1972 aux studios EMI — future Abbey Road — et durent environ soixante jours jusqu'au 9 février 1973. Alan Parsons, ingénieur maison, avait travaillé comme assistant sur *Atom Heart Mother* et comme ingénieur sur *Abbey Road* et *Let It Be*. Les séances utilisent des magnétophones Studer A80 seize pistes, contre quatre ou huit pistes sur les albums précédents. Le premier titre enregistré est *Us and Them*, le 31 mai. *Speak to Me* sert d'ouverture : Nick Mason en a fait une maquette chez lui, le morceau enchaîne des éléments des autres pièces en fondus enchaînés, avec un accord de piano joué à l'envers et un battement de cœur obtenu en traitant une grosse caisse. Vient ensuite *Breathe (In the Air)*, dont le texte est écrit sur la même maquette que l'ouverture. C'est le seul crédit de composition solo de Nick Mason sur un album du groupe. Le battement ouvre et ferme le disque, et revient ponctuellement sur *Time* et *On the Run*.
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*Breathe* enchaîne directement sur l'ouverture, et son texte — « n'aie pas peur de tenir à quelque chose » — vient de la même maquette que l'ouverture. La chanson est créditée Waters, Gilmour et Wright ; les harmonies vocales des deux hommes, très proches par le timbre, sont doublées par Alan Parsons pour que Gilmour puisse harmoniser avec lui-même. L'album est construit sur des allers-retours entre les deux faces d'un 33 tours : chaque face est une pièce continue, et le groupe enchaîne les morceaux sans silence. Le troisième titre change de méthode : *On the Run* est instrumental et repose sur les synthétiseurs. Le groupe utilise un EMS VCS 3 sur *Brain Damage* et *Any Colour You Like*, et un Synthi A sur *Time* et *On the Run*. Pendant l'enregistrement, l'ingénieur assistant Peter James court dans la chambre d'écho du studio pour produire le son de pas qui traverse le morceau. Le thème du morceau est l'angoisse du voyage moderne — en particulier la peur de l'avion de Richard Wright —, et il n'a pas de texte : tout passe par les synthétiseurs et les effets.
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*Time* commence par une suite d'horloges qui sonnent : Parsons les avait enregistrées chez un horloger, séparément, comme test pour un mixage quadriphonique, sans penser à l'album. Le morceau est en fa dièse mineur, la batterie de Mason y tient une longue introduction avec des rototoms, et Waters crée un tic-tac en pinçant les deuxième et troisième cordes de sa basse, étouffées. C'est le seul titre de l'album dont l'écriture est créditée aux quatre membres du groupe, et le dernier de leur discographie dans ce cas. Le chant est partagé : Gilmour sur les couplets, Wright sur les ponts avec des choristes. Le texte vient d'une remarque de Waters sur son âge — il a alors vingt-huit ans et constate qu'il n'est plus en train de préparer sa vie, mais qu'il est dedans. Le morceau se termine par une reprise de *Breathe*. La séance avait été interrompue deux mois, le temps d'une tournée américaine, et les interruptions étaient fréquentes : Waters s'absentait pour voir jouer Arsenal, et le groupe regardait *Monty Python's Flying Circus* pendant que Parsons travaillait sur les bandes.
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*The Great Gig in the Sky* est le morceau de Richard Wright, et il doit son existence à une chanteuse de studio, Clare Torry. Parsons, qui aimait sa voix, l'a proposée au groupe ; Gilmour, qui dirigeait la séance, lui a demandé d'exprimer des émotions plutôt que de chanter des mots. Elle a improvisé une mélodie sans paroles sur le solo de piano de Wright, en quelques prises, un dimanche soir. Elle a été payée au tarif de session, trente livres, et a quitté le studio en pensant que sa partie serait écartée : elle a découvert qu'elle figurait sur le disque en voyant son nom dans les crédits, chez un disquaire. En 2004, elle a attaqué EMI et Pink Floyd pour obtenir 50 % des droits du morceau ; l'affaire s'est réglée à l'amiable, et toutes les éditions postérieures à 2005 créditent Wright et Torry. Le morceau est aussi celui qui a le plus profité du mixage : c'est pendant la séance de *The Great Gig in the Sky* que Chris Thomas, amené pour le mixage final, était présent en studio.
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*Money* ouvre la face B et commence par des machines à calculer, des pièces et une caisse enregistreuse. Waters avait fabriqué des boucles d'effets à partir d'objets liés à l'argent — dont des pièces jetées dans un saladier du studio de poterie de sa femme —, montées en 7/4, une mesure inhabituelle qu'il jugeait adaptée au « feeling blues » du morceau. La structure est un blues de douze mesures en si mineur, avec un solo de saxophone ténor de Dick Parry sur vingt mesures et un solo de guitare de Gilmour sur vingt-quatre. Le morceau est enregistré le 7 juin 1972. Sorti en single le 7 mai 1973, il atteint la treizième place du Billboard Hot 100 — le premier succès américain du groupe — et la dixième du Cash Box. Un pressage promotionnel à face blanche, avec une version mono et une version stéréo, a été envoyé aux radios : la face mono avait été censurée — « bullshit » remplacé par « bull » —, la stéréo ne l'était pas, et le tirage a été retiré.
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*Us and Them* est le premier morceau enregistré, et le plus long de l'album. La musique vient d'une pièce de Wright écrite en 1969 pour *Zabriskie Point*, *The Violent Sequence* : Michelangelo Antonioni l'avait refusée en la jugeant « trop triste », ajoutant qu'elle lui faisait « penser à une église ». Elle est restée en réserve jusqu'aux séances. Les couplets reposent sur une progression influencée par le jazz — ré sus2, ré sixte neuvième, ré mineur majeur sept, sol — avec une pédale de ré à la basse, alternant avec la dominante. Dick Parry y joue du saxophone. Le texte de Waters traite de la guerre, des libertés civiles et du racisme, et de l'homme qu'on croise dans la rue sans l'aider. L'écho du morceau, minuté par Chris Thomas, est un des points sur lesquels le mixage final a été retravaillé. Le morceau sort en single aux États-Unis en 1974 et atteint la 72e place du Cash Box — un score modeste pour un titre de sept minutes cinquante.
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*Any Colour You Like* est instrumental et occupe la huitième plage : c'est un morceau de claviers, avec l'EMS VCS 3 du groupe et une guitare de Gilmour traitée au phase-shifter. Son titre renvoie à l'illusion du choix — la formule « vous pouvez l'avoir de n'importe quelle couleur » étant, dans la bouche d'un vendeur, une manière de dire qu'il n'y a rien à choisir. La fin de la face B enchaîne trois morceaux sans interruption : *Any Colour You Like*, *Brain Damage* et *Eclipse*. C'est dans cette dernière partie que le disque abandonne les effets spectaculaires pour une forme plus directe, avec un chant presque seul et des chœurs de femmes sur les deux derniers titres. Le morceau n'a jamais été joué en concert avant la tournée de 1972, et il a été l'un des derniers à recevoir un titre définitif : le groupe l'appelait « Dave's funk ditty » pendant les séances.
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*Brain Damage* contient la phrase qui renvoie directement à Syd Barrett — « et si le groupe dans lequel tu joues commence à jouer d'autres airs » — et c'est le morceau où le thème du disque devient explicite. La dernière semaine d'enregistrement, Waters a fait passer des questions à l'équipe d'Abbey Road : les réponses ont été enregistrées dans le studio 3, plongé dans le noir, à partir de fiches — « quelle est votre couleur préférée ? », puis des questions sur la folie, la violence et la mort. On y entend le roadie Roger Manifold, le régisseur Peter Watts — père de l'actrice Naomi Watts — pour le rire répété, et le portier irlandais Gerry O'Driscoll, qui prononce la phrase finale du disque. Les réponses de Paul et Linda McCartney ont été jugées inutilisables. C'est aussi la première fois que le groupe imprime ses paroles sur la pochette.
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*Eclipse*, qui ferme l'album en deux minutes sept, reprend le battement de cœur de l'ouverture et boucle la forme. Le mixage final a été confié à Chris Thomas, amené pour « une paire d'oreilles neuves » : Waters et Mason voulaient un son sec, Gilmour et Wright un son plus réverbéré, et Thomas a arbitré. La pochette est de Hipgnosis — Storm Thorgerson et Aubrey Powell — avec George Hardie : Wright demandait quelque chose de « plus élégant, plus net, plus classe », et Thorgerson a trouvé l'idée du prisme dans un manuel de physique de 1963. Hipgnosis a proposé sept projets, et le groupe a choisi le prisme à l'unanimité. Le spectre continue à l'intérieur de la pochette double, où figure aussi une représentation du battement de cœur. Les paroles sont imprimées sur la pochette pour la première fois dans la discographie du groupe, ce qui dit la confiance de Waters dans son texte. L'édition du 30e anniversaire (2003) utilise un mixage 5.1 réalisé par James Guthrie, et non le mixage quadriphonique de Parsons, que le groupe n'a jamais validé.
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Le disque sort le 1er mars 1973 aux États-Unis et le 16 mars au Royaume-Uni. La conférence de presse du 27 février au planétarium de Londres se tient sans le groupe, sauf Wright, remplacé par quatre silhouettes en carton. *Melody Maker* juge la face A confuse et la face B solide ; Steve Peacock, dans *Sounds*, recommande l'album à quiconque ; Loyd Grossman, dans *Rolling Stone*, parle d'une « richesse de texture et de concept qui exige l'implication » ; Robert Christgau, en 1981, trouve les idées lyriques clichées et la musique prétentieuse, mais parle d'un « chef-d'œuvre kitsch ». L'album est numéro un aux États-Unis le 28 avril 1973, et il reste classé 736 semaines non consécutives jusqu'en 1988 ; après le changement de méthode de comptage en 2009, le total atteint 996 semaines en janvier 2026. Il est certifié quinze fois platine aux États-Unis en 1998 et quatorze fois au Royaume-Uni, et il s'en était vendu plus de quarante-cinq millions d'exemplaires dans le monde en 2013.