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The Doors — six albums, cinq ans, un bûcher

De la plage de Santa Monica au cimetière du Père-Lachaise, l'histoire d'un groupe qui a brûlé trop vite

The Doors1 h 18

Juillet 1965, plage de Santa Monica, devant la maison de Ray Manzarek sur Fraser Avenue. Deux anciens étudiants de la UCLA se croisent : Jim Morrison et Manzarek, qui vient de terminer ses études de cinéma. Morrison lui chante quelques chansons qu'il vient d'écrire. Le nom du groupe vient d'un livre d'Aldous Huxley, Les Portes de la perception, qui emprunte sa formule à William Blake. Manzarek joue alors dans Rick & the Ravens avec ses frères ; le batteur John Densmore, rencontré aux cours de méditation, les rejoint en août 1965, puis le guitariste Robby Krieger. Le 2 septembre 1965, ils enregistrent une démo de six titres aux World Pacific Studios de Los Angeles. De février à mai 1966, ils tiennent une résidence au London Fog, un club du Sunset Strip, où ils allongent leurs morceaux faute de public. Le 10 août 1966, Jac Holzman, patron d'Elektra, les voit au Whisky a Go Go sur le conseil d'Arthur Lee, chanteur de Love ; il les signe le 18 août, avec le producteur Paul A. Rothchild. Trois jours plus tard, ils sont renvoyés du club. L'album est enregistré à l'été aux Sunset Sound Studios, avec l'ingénieur Bruce Botnick.

Le premier album paraît dans la première semaine de janvier 1967 et contient onze titres. Il n'y a pas de bassiste : Manzarek tient la ligne de basse de la main gauche sur un piano-basse Fender et joue les accords de la droite sur un orgue Vox Continental. Sur Alabama Song, le groupe reprend une chanson de Bertolt Brecht et Kurt Weill écrite pour l'opéra Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny (1927). L'arrangement est une marche : caisse claire marquée, orgue en accords plaqués, voix qui monte dans les aigus sur le refrain, et un tempo qui accélère à la fin. C'est une des rares reprises de leur répertoire de scène à figurer sur un album, et elle situe le groupe : le cabaret allemand autant que le blues de Los Angeles. Rothchild impose des prises nombreuses, mais l'album est bouclé en quelques jours, avec un budget d'indépendant. L'album atteindra la deuxième place du Billboard 200, et il restera classé plus d'un an.

La face B de l'album contient deux longs morceaux et une ballade. The Crystal Ship est enregistrée pendant les mêmes séances, avec une orgue discrète, une guitare en arpèges et une voix presque parlée : c'est une des rares chansons du groupe où Morrison ne cherche pas à dominer l'arrangement. Le texte parle d'un vaisseau de cristal et d'un sommeil sans rêve, et la structure reste proche du couplet-refrain, sans pont. Bruce Botnick capte l'ensemble avec peu de micros, en gardant la réverbération naturelle de la salle, ce qui donne au disque un son plus sec que celui des productions de 1967. C'est aussi le premier album où le groupe n'utilise presque pas d'overdubs : ce qu'on entend est ce qui a été joué. La chanson n'est jamais sortie en single, et elle n'a été jouée en concert qu'à de rares occasions — le groupe la trouvait trop fragile pour les salles bruyantes.

Light My Fire est écrite principalement par Robby Krieger, inspiré par la mélodie de Hey Joe et par les paroles de Play with Fire des Rolling Stones ; le crédit est pourtant collectif. Densmore propose un rythme latin, Morrison écrit le deuxième couplet, et Manzarek ajoute l'introduction d'orgue influencée par Bach. Rothchild fait doubler la basse au clavier par le bassiste de studio Larry Knechtel, sur une Fender Precision. Le single édité le 24 avril 1967 dure 2 min 52 — contre 7 min 06 sur l'album — et passe trois semaines en tête du Billboard Hot 100. Le 17 septembre, à l'émission d'Ed Sullivan, la production demande de supprimer le mot « higher » ; le groupe chante la version originale. Les versions du groupe sur l'incident divergent encore aujourd'hui : oubli ou refus délibéré. Sur l'album, le morceau dure sept minutes et contient un long duo d'orgue et de guitare, improvisé en studio ; c'est cette version, et non le single, que le groupe jouera ensuite en concert, souvent allongée jusqu'à quinze minutes.

The End dure onze minutes quarante-trois sur l'album, et c'est le morceau qui a fait virer le groupe du Whisky a Go Go : Morrison y avait ajouté en concert une variation œdipienne, avec un juron. La version enregistrée garde cette section. La chanson a été construite au London Fog, à force d'improvisations sur deux accords, et elle tient sur une face presque entière. Le 18 mai 1967, le groupe en joue une version pour la CBC, à Toronto, lors de ses débuts à la télévision internationale ; la captation a circulé pendant des décennies en copies médiocres avant d'être rééditée. Francis Ford Coppola l'utilisera en 1979 pour ouvrir Apocalypse Now, ce qui donnera au morceau une seconde vie et une image définitive. Le groupe l'a jouée jusqu'à la fin, souvent en dernier rappel, et elle a été filmée à plusieurs reprises — dont une version de quinze minutes à l'Isle of Wight en 1970.

Le deuxième album, Strange Days, est enregistré à l'automne 1967 aux Sunset Sound Studios, avec le même producteur et le même ingénieur. Le groupe y utilise un synthétiseur Moog qu'il vient d'acquérir, ainsi que des techniques de musique concrète : bandes à l'envers, collages, effets de vitesse. C'est aussi le premier album où un bassiste de studio, Douglas Lubahn, joue sur la majorité des titres, la basse au clavier de Manzarek manquant d'articulation pour l'enregistrement. L'album atteint la troisième place du Billboard 200 puis chute rapidement, et les singles déçoivent. People Are Strange en est le premier single, et son refrain donnera son titre au documentaire de 2009 When You're Strange. Le morceau est court — deux minutes dix — et construit sur une descente d'accords. L'album contient dix titres, dont Love Me Two Times et When the Music's Over, et il est le premier où le groupe travaille avec des bandes à l'envers sur plusieurs morceaux.

Love Me Two Times est le morceau le plus blues de Strange Days : une guitare en glissando, une basse en marche, et un texte sur un homme qui part à la guerre. Le groupe la joue en concert dès l'automne 1967, et elle sera un de ses rappels les plus réguliers. La même année, le 9 décembre, Morrison est arrêté sur scène au New Haven Arena, dans le Connecticut : un policier l'a surpris dans une douche des loges avec une admiratrice, et la soirée tourne à l'affrontement. Il improvise sur scène une chanson sur « le petit homme en bleu », insulte les policiers qui entourent la scène, et devient le premier artiste de rock arrêté en pleine représentation. Les charges seront finalement abandonnées, mais l'épisode alimente la réputation du groupe et sa méfiance envers la police. En mars 1967, cinq concerts au Matrix Club de San Francisco avaient déjà été enregistrés par le co-propriétaire du club ; ces bandes ne sortiront qu'en 2008.

En 1968, Waiting for the Sun devient leur premier et unique album à atteindre la première place aux États-Unis. Le single Hello, I Love You est leur deuxième numéro un, et il provient de la démo de 1965 — ce qui explique sa simplicité : une intro de guitare, un refrain répétitif, deux minutes quatorze. Sa ressemblance avec All Day and All of the Night des Kinks déclenche une menace de procès de l'éditeur ; Ray Davies, l'auteur de la chanson, déclarera qu'il ne voyait pas de problème. L'album, lui, est enregistré dans un climat dégradé : Morrison boit de plus en plus, arrive en retard, et Rothchild refuse Celebration of the Lizard, une pièce de dix-sept minutes jouée en concert, jugée trop expérimentale. Elle ne sortira qu'en 1970 sur Absolutely Live. L'album contient onze titres, et son premier single, The Unknown Soldier, sera le seul titre politique explicite du groupe avant Morrison Hotel.

The Unknown Soldier est l'autre single de l'album, et c'est une chanson anti-guerre construite comme une saynète : un roulement de batterie imite un peloton, Morrison crie « feu », et le morceau s'arrête. En concert, le geste était joué. Cette année-là, le groupe se produit dans des arènes de plus en plus grandes : au Chicago Coliseum, le 10 mai 1968, la police charge un public surexcité et le concert est interrompu. Un mois plus tard, ils partent pour l'Europe — première tournée hors d'Amérique du Nord — avec un passage au Roundhouse de Londres et une émission pour Granada TV, The Doors Are Open. À Amsterdam, Morrison s'effondre sur scène après avoir absorbé de l'herbe, du haschisch et des cachets non identifiés. Le groupe termine l'année avec Touch Me, publié en décembre 1968, qui atteindra la troisième place du Billboard Hot 100 et la première du classement Cashbox — son dernier numéro un américain.

Le 1er mars 1969, au Dinner Key Auditorium de Miami, le groupe donne le concert le plus controversé de son histoire : un ancien hangar à hydravions sans climatisation, des sièges retirés pour vendre plus de billets, douze mille personnes dans une salle prévue pour sept mille. Morrison arrive ivre, avec plus d'une heure de retard, et provoque la salle. Le 5 mars, le shérif du comté émet un mandat d'arrêt pour exhibition, obscénités et ivresse. Condamné en 1970 à six mois de prison et 500 dollars d'amende, il fait appel et reste libre ; l'État de Floride lui accordera une grâce posthume en 2010. Après Miami, il annonce aux autres qu'il veut quitter le groupe, et Manzarek le convainc de rester six mois, le temps de terminer l'album en cours. Cet album est The Soft Parade, et il s'ouvre par Touch Me, enregistré avec un saxophone et un arrangement de cuivres. Le procès s'ouvre en août 1970 ; Morrison est condamné, fait appel, et meurt avant que la procédure ne soit épuisée. La grâce posthume de 2010 sera votée à l'unanimité.

The Soft Parade, paru en juillet 1969, est le seul album du groupe avec des cuivres et des cordes sur la plupart des titres. L'idée vient de Rothchild ; Densmore et Manzarek l'acceptent, Morrison refuse les orchestrations sur ses propres chansons. Touch Me est portée par un saxophone de Curtis Amy et atteint la troisième place du Billboard Hot 100. C'est aussi le premier album où les crédits sont individualisés, parce que Morrison refusait de chanter les textes de Krieger. La critique parle d'une perte d'intégrité, et le disque se vend moins bien que les précédents. En novembre 1969, pendant l'enregistrement de l'album suivant, Morrison est inculpé pour avoir harcelé le personnel de bord d'un vol vers Phoenix ; les charges seront abandonnées. L'album suivant, Morrison Hotel, paraît en février 1970 et s'ouvre par Roadhouse Blues. The Soft Parade ne contient que neuf titres, et il est le premier album du groupe à ne pas atteindre le top 5 américain depuis le début de sa carrière.

Morrison Hotel, enregistré en novembre 1969 et publié en février 1970, marque le retour à quatre instruments et au blues. L'album atteint la quatrième place, et Dave Marsh, dans Creem, écrit que c'est « le rock and roll le plus terrifiant que j'aie jamais entendu » et que, « quand ils sont bons, ils sont tout simplement imbattables ». En juillet 1970 paraît Absolutely Live, huitième au Billboard 200, assemblé par Rothchild à partir de fragments de concerts différents — il parlera de deux mille montages. C'est la première publication de Celebration of the Lizard. Malgré les interdictions de plusieurs villes américaines après Miami, le groupe joue dix-huit concerts en 1969 et vingt-trois au premier semestre 1970. Le disque suivant est L.A. Woman, enregistré en 1971, et il s'ouvre par Love Her Madly. Le 29 août 1970, ils jouent à l'Isle of Wight, le même jour que John Sebastian et Shawn Phillips, devant un public de plusieurs centaines de milliers de personnes.

Fin 1970, la tournée de promotion ne compte que trois dates : deux concerts à Dallas le 11 décembre, et un au Warehouse de La Nouvelle-Orléans le 12, où Morrison s'arrête en pleine représentation. C'est le dernier concert du groupe avec lui. L.A. Woman est enregistré en 1971 dans leur local de Los Angeles, avec le bassiste Jerry Scheff — celui d'Elvis Presley — et le guitariste rythmique Marc Benno sur plusieurs titres. L'album atteint la neuvième place et contient deux tubes. Love Her Madly, écrite par Krieger, sort en single avant le disque et entre dans le Top 20. C'est un morceau simple, enregistré rapidement, qui contraste avec les longues pièces de la fin de carrière. Les deux singles de l'album, Love Her Madly et Riders on the Storm, entreront tous les deux dans le Top 20 américain, ce qui n'était plus arrivé au groupe depuis 1968.

Sur L.A. Woman, Morrison scande un anagramme de son propre nom — « Mr. Mojo Risin ». Le morceau dure sept minutes cinquante et une et se termine par un long passage instrumental. Pendant les séances, une courte séquence vidéo du groupe jouant Crawling King Snake est filmée : c'est, à ce qu'on sait, la dernière image des Doors avec Morrison. Riders on the Storm, qui ferme l'album, repose sur une basse en ostinato, un piano électrique Fender Rhodes et une voix chuchotée doublée ; le morceau est entré au Grammy Hall of Fame. Le 11 mars 1971, à la fin du mixage, Morrison prend un congé et part à Paris avec Pamela Courson. Le piano électrique y est joué par Ray Manzarek, et la voix est doublée en chuchotement sur toute la première partie ; le morceau a été enregistré en une seule journée de séances.

Le 3 juillet 1971, Pamela Courson le trouve mort dans la baignoire de leur appartement parisien. Il n'y a pas eu d'autopsie ; le certificat de décès mentionne une insuffisance cardiaque. Il est enterré le 7 juillet au cimetière du Père-Lachaise, dans le « coin des poètes », et il avait vingt-sept ans. Les trois autres enregistrent Other Voices en 1971 en pensant qu'il reviendra chanter dessus, envisagent un moment Iggy Pop, puis se partagent le chant ; Full Circle suit en 1972 et le groupe se sépare en 1973. En 1978, ils publient An American Prayer, musique nouvelle sur des lectures de poèmes enregistrées par Morrison en 1969 et 1970 — l'album sera disque de platine. Les Doors ont été le premier groupe américain à aligner huit albums certifiés or ou platine par la RIAA, et ils ont vendu plus de cent millions de disques dans le monde. En 1993, Manzarek, Krieger et Densmore se retrouvent pour l'entrée du groupe au Rock and Roll Hall of Fame, avec Eddie Vedder au chant. Manzarek meurt en 2013 ; depuis, Krieger et Densmore se disputent l'usage du nom devant les tribunaux.

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title: The Doors — six albums, cinq ans, un bûcher
subtitle: De la plage de Santa Monica au cimetière du Père-Lachaise, l'histoire d'un groupe qui a brûlé trop vite
summary: Quatre garçons de Los Angeles, une orgue à la place de la basse, une poésie, et un chanteur qui voulait briser les portes de la perception. En cinq ans, six albums, deux numéros un, un procès et un mort à vingt-sept ans.
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  - artist: The Doors
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Juillet 1965, plage de Santa Monica, devant la maison de Ray Manzarek sur Fraser Avenue. Deux anciens étudiants de la UCLA se croisent : Jim Morrison et Manzarek, qui vient de terminer ses études de cinéma. Morrison lui chante quelques chansons qu'il vient d'écrire. Le nom du groupe vient d'un livre d'Aldous Huxley, *Les Portes de la perception*, qui emprunte sa formule à William Blake. Manzarek joue alors dans Rick & the Ravens avec ses frères ; le batteur John Densmore, rencontré aux cours de méditation, les rejoint en août 1965, puis le guitariste Robby Krieger. Le 2 septembre 1965, ils enregistrent une démo de six titres aux World Pacific Studios de Los Angeles. De février à mai 1966, ils tiennent une résidence au London Fog, un club du Sunset Strip, où ils allongent leurs morceaux faute de public. Le 10 août 1966, Jac Holzman, patron d'Elektra, les voit au Whisky a Go Go sur le conseil d'Arthur Lee, chanteur de Love ; il les signe le 18 août, avec le producteur Paul A. Rothchild. Trois jours plus tard, ils sont renvoyés du club. L'album est enregistré à l'été aux Sunset Sound Studios, avec l'ingénieur Bruce Botnick.

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Le premier album paraît dans la première semaine de janvier 1967 et contient onze titres. Il n'y a pas de bassiste : Manzarek tient la ligne de basse de la main gauche sur un piano-basse Fender et joue les accords de la droite sur un orgue Vox Continental. Sur *Alabama Song*, le groupe reprend une chanson de Bertolt Brecht et Kurt Weill écrite pour l'opéra *Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny* (1927). L'arrangement est une marche : caisse claire marquée, orgue en accords plaqués, voix qui monte dans les aigus sur le refrain, et un tempo qui accélère à la fin. C'est une des rares reprises de leur répertoire de scène à figurer sur un album, et elle situe le groupe : le cabaret allemand autant que le blues de Los Angeles. Rothchild impose des prises nombreuses, mais l'album est bouclé en quelques jours, avec un budget d'indépendant. L'album atteindra la deuxième place du Billboard 200, et il restera classé plus d'un an.

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La face B de l'album contient deux longs morceaux et une ballade. *The Crystal Ship* est enregistrée pendant les mêmes séances, avec une orgue discrète, une guitare en arpèges et une voix presque parlée : c'est une des rares chansons du groupe où Morrison ne cherche pas à dominer l'arrangement. Le texte parle d'un vaisseau de cristal et d'un sommeil sans rêve, et la structure reste proche du couplet-refrain, sans pont. Bruce Botnick capte l'ensemble avec peu de micros, en gardant la réverbération naturelle de la salle, ce qui donne au disque un son plus sec que celui des productions de 1967. C'est aussi le premier album où le groupe n'utilise presque pas d'overdubs : ce qu'on entend est ce qui a été joué. La chanson n'est jamais sortie en single, et elle n'a été jouée en concert qu'à de rares occasions — le groupe la trouvait trop fragile pour les salles bruyantes.

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*Light My Fire* est écrite principalement par Robby Krieger, inspiré par la mélodie de *Hey Joe* et par les paroles de *Play with Fire* des Rolling Stones ; le crédit est pourtant collectif. Densmore propose un rythme latin, Morrison écrit le deuxième couplet, et Manzarek ajoute l'introduction d'orgue influencée par Bach. Rothchild fait doubler la basse au clavier par le bassiste de studio Larry Knechtel, sur une Fender Precision. Le single édité le 24 avril 1967 dure 2 min 52 — contre 7 min 06 sur l'album — et passe trois semaines en tête du Billboard Hot 100. Le 17 septembre, à l'émission d'Ed Sullivan, la production demande de supprimer le mot « higher » ; le groupe chante la version originale. Les versions du groupe sur l'incident divergent encore aujourd'hui : oubli ou refus délibéré. Sur l'album, le morceau dure sept minutes et contient un long duo d'orgue et de guitare, improvisé en studio ; c'est cette version, et non le single, que le groupe jouera ensuite en concert, souvent allongée jusqu'à quinze minutes.

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*The End* dure onze minutes quarante-trois sur l'album, et c'est le morceau qui a fait virer le groupe du Whisky a Go Go : Morrison y avait ajouté en concert une variation œdipienne, avec un juron. La version enregistrée garde cette section. La chanson a été construite au London Fog, à force d'improvisations sur deux accords, et elle tient sur une face presque entière. Le 18 mai 1967, le groupe en joue une version pour la CBC, à Toronto, lors de ses débuts à la télévision internationale ; la captation a circulé pendant des décennies en copies médiocres avant d'être rééditée. Francis Ford Coppola l'utilisera en 1979 pour ouvrir *Apocalypse Now*, ce qui donnera au morceau une seconde vie et une image définitive. Le groupe l'a jouée jusqu'à la fin, souvent en dernier rappel, et elle a été filmée à plusieurs reprises — dont une version de quinze minutes à l'Isle of Wight en 1970.

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Le deuxième album, *Strange Days*, est enregistré à l'automne 1967 aux Sunset Sound Studios, avec le même producteur et le même ingénieur. Le groupe y utilise un synthétiseur Moog qu'il vient d'acquérir, ainsi que des techniques de musique concrète : bandes à l'envers, collages, effets de vitesse. C'est aussi le premier album où un bassiste de studio, Douglas Lubahn, joue sur la majorité des titres, la basse au clavier de Manzarek manquant d'articulation pour l'enregistrement. L'album atteint la troisième place du Billboard 200 puis chute rapidement, et les singles déçoivent. *People Are Strange* en est le premier single, et son refrain donnera son titre au documentaire de 2009 *When You're Strange*. Le morceau est court — deux minutes dix — et construit sur une descente d'accords. L'album contient dix titres, dont *Love Me Two Times* et *When the Music's Over*, et il est le premier où le groupe travaille avec des bandes à l'envers sur plusieurs morceaux.

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*Love Me Two Times* est le morceau le plus blues de *Strange Days* : une guitare en glissando, une basse en marche, et un texte sur un homme qui part à la guerre. Le groupe la joue en concert dès l'automne 1967, et elle sera un de ses rappels les plus réguliers. La même année, le 9 décembre, Morrison est arrêté sur scène au New Haven Arena, dans le Connecticut : un policier l'a surpris dans une douche des loges avec une admiratrice, et la soirée tourne à l'affrontement. Il improvise sur scène une chanson sur « le petit homme en bleu », insulte les policiers qui entourent la scène, et devient le premier artiste de rock arrêté en pleine représentation. Les charges seront finalement abandonnées, mais l'épisode alimente la réputation du groupe et sa méfiance envers la police. En mars 1967, cinq concerts au Matrix Club de San Francisco avaient déjà été enregistrés par le co-propriétaire du club ; ces bandes ne sortiront qu'en 2008.

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En 1968, *Waiting for the Sun* devient leur premier et unique album à atteindre la première place aux États-Unis. Le single *Hello, I Love You* est leur deuxième numéro un, et il provient de la démo de 1965 — ce qui explique sa simplicité : une intro de guitare, un refrain répétitif, deux minutes quatorze. Sa ressemblance avec *All Day and All of the Night* des Kinks déclenche une menace de procès de l'éditeur ; Ray Davies, l'auteur de la chanson, déclarera qu'il ne voyait pas de problème. L'album, lui, est enregistré dans un climat dégradé : Morrison boit de plus en plus, arrive en retard, et Rothchild refuse *Celebration of the Lizard*, une pièce de dix-sept minutes jouée en concert, jugée trop expérimentale. Elle ne sortira qu'en 1970 sur *Absolutely Live*. L'album contient onze titres, et son premier single, *The Unknown Soldier*, sera le seul titre politique explicite du groupe avant *Morrison Hotel*.

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*The Unknown Soldier* est l'autre single de l'album, et c'est une chanson anti-guerre construite comme une saynète : un roulement de batterie imite un peloton, Morrison crie « feu », et le morceau s'arrête. En concert, le geste était joué. Cette année-là, le groupe se produit dans des arènes de plus en plus grandes : au Chicago Coliseum, le 10 mai 1968, la police charge un public surexcité et le concert est interrompu. Un mois plus tard, ils partent pour l'Europe — première tournée hors d'Amérique du Nord — avec un passage au Roundhouse de Londres et une émission pour Granada TV, *The Doors Are Open*. À Amsterdam, Morrison s'effondre sur scène après avoir absorbé de l'herbe, du haschisch et des cachets non identifiés. Le groupe termine l'année avec *Touch Me*, publié en décembre 1968, qui atteindra la troisième place du Billboard Hot 100 et la première du classement Cashbox — son dernier numéro un américain.

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Le 1er mars 1969, au Dinner Key Auditorium de Miami, le groupe donne le concert le plus controversé de son histoire : un ancien hangar à hydravions sans climatisation, des sièges retirés pour vendre plus de billets, douze mille personnes dans une salle prévue pour sept mille. Morrison arrive ivre, avec plus d'une heure de retard, et provoque la salle. Le 5 mars, le shérif du comté émet un mandat d'arrêt pour exhibition, obscénités et ivresse. Condamné en 1970 à six mois de prison et 500 dollars d'amende, il fait appel et reste libre ; l'État de Floride lui accordera une grâce posthume en 2010. Après Miami, il annonce aux autres qu'il veut quitter le groupe, et Manzarek le convainc de rester six mois, le temps de terminer l'album en cours. Cet album est *The Soft Parade*, et il s'ouvre par *Touch Me*, enregistré avec un saxophone et un arrangement de cuivres. Le procès s'ouvre en août 1970 ; Morrison est condamné, fait appel, et meurt avant que la procédure ne soit épuisée. La grâce posthume de 2010 sera votée à l'unanimité.

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*The Soft Parade*, paru en juillet 1969, est le seul album du groupe avec des cuivres et des cordes sur la plupart des titres. L'idée vient de Rothchild ; Densmore et Manzarek l'acceptent, Morrison refuse les orchestrations sur ses propres chansons. *Touch Me* est portée par un saxophone de Curtis Amy et atteint la troisième place du Billboard Hot 100. C'est aussi le premier album où les crédits sont individualisés, parce que Morrison refusait de chanter les textes de Krieger. La critique parle d'une perte d'intégrité, et le disque se vend moins bien que les précédents. En novembre 1969, pendant l'enregistrement de l'album suivant, Morrison est inculpé pour avoir harcelé le personnel de bord d'un vol vers Phoenix ; les charges seront abandonnées. L'album suivant, *Morrison Hotel*, paraît en février 1970 et s'ouvre par *Roadhouse Blues*. *The Soft Parade* ne contient que neuf titres, et il est le premier album du groupe à ne pas atteindre le top 5 américain depuis le début de sa carrière.

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*Morrison Hotel*, enregistré en novembre 1969 et publié en février 1970, marque le retour à quatre instruments et au blues. L'album atteint la quatrième place, et Dave Marsh, dans *Creem*, écrit que c'est « le rock and roll le plus terrifiant que j'aie jamais entendu » et que, « quand ils sont bons, ils sont tout simplement imbattables ». En juillet 1970 paraît *Absolutely Live*, huitième au Billboard 200, assemblé par Rothchild à partir de fragments de concerts différents — il parlera de deux mille montages. C'est la première publication de *Celebration of the Lizard*. Malgré les interdictions de plusieurs villes américaines après Miami, le groupe joue dix-huit concerts en 1969 et vingt-trois au premier semestre 1970. Le disque suivant est *L.A. Woman*, enregistré en 1971, et il s'ouvre par *Love Her Madly*. Le 29 août 1970, ils jouent à l'Isle of Wight, le même jour que John Sebastian et Shawn Phillips, devant un public de plusieurs centaines de milliers de personnes.

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Fin 1970, la tournée de promotion ne compte que trois dates : deux concerts à Dallas le 11 décembre, et un au Warehouse de La Nouvelle-Orléans le 12, où Morrison s'arrête en pleine représentation. C'est le dernier concert du groupe avec lui. *L.A. Woman* est enregistré en 1971 dans leur local de Los Angeles, avec le bassiste Jerry Scheff — celui d'Elvis Presley — et le guitariste rythmique Marc Benno sur plusieurs titres. L'album atteint la neuvième place et contient deux tubes. *Love Her Madly*, écrite par Krieger, sort en single avant le disque et entre dans le Top 20. C'est un morceau simple, enregistré rapidement, qui contraste avec les longues pièces de la fin de carrière. Les deux singles de l'album, *Love Her Madly* et *Riders on the Storm*, entreront tous les deux dans le Top 20 américain, ce qui n'était plus arrivé au groupe depuis 1968.

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Sur *L.A. Woman*, Morrison scande un anagramme de son propre nom — « Mr. Mojo Risin ». Le morceau dure sept minutes cinquante et une et se termine par un long passage instrumental. Pendant les séances, une courte séquence vidéo du groupe jouant *Crawling King Snake* est filmée : c'est, à ce qu'on sait, la dernière image des Doors avec Morrison. *Riders on the Storm*, qui ferme l'album, repose sur une basse en ostinato, un piano électrique Fender Rhodes et une voix chuchotée doublée ; le morceau est entré au Grammy Hall of Fame. Le 11 mars 1971, à la fin du mixage, Morrison prend un congé et part à Paris avec Pamela Courson. Le piano électrique y est joué par Ray Manzarek, et la voix est doublée en chuchotement sur toute la première partie ; le morceau a été enregistré en une seule journée de séances.

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Le 3 juillet 1971, Pamela Courson le trouve mort dans la baignoire de leur appartement parisien. Il n'y a pas eu d'autopsie ; le certificat de décès mentionne une insuffisance cardiaque. Il est enterré le 7 juillet au cimetière du Père-Lachaise, dans le « coin des poètes », et il avait vingt-sept ans. Les trois autres enregistrent *Other Voices* en 1971 en pensant qu'il reviendra chanter dessus, envisagent un moment Iggy Pop, puis se partagent le chant ; *Full Circle* suit en 1972 et le groupe se sépare en 1973. En 1978, ils publient *An American Prayer*, musique nouvelle sur des lectures de poèmes enregistrées par Morrison en 1969 et 1970 — l'album sera disque de platine. Les Doors ont été le premier groupe américain à aligner huit albums certifiés or ou platine par la RIAA, et ils ont vendu plus de cent millions de disques dans le monde. En 1993, Manzarek, Krieger et Densmore se retrouvent pour l'entrée du groupe au Rock and Roll Hall of Fame, avec Eddie Vedder au chant. Manzarek meurt en 2013 ; depuis, Krieger et Densmore se disputent l'usage du nom devant les tribunaux.